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| En hommage à
Marguerite et François LEHMANN,
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| fondateurs de l'Exposition-Bourse Internationale de
Minéraux, Pierres Nobles et Fossiles de SAINTE-MARIE aux MINES. |
Etait-ce un hasard, une opportunité, une envie soudaine ou délibérée quand François Lehmann choisit de venir s'installer à Sainte-Marie-Aux-Mines en compagnie de son épouse Marguerite, ou un simple besoin de changer d'horizon, de se repositionner, ami de la nature qu'il était comme le maire Louis Marchal, qui l'accueillit alors pour le charger de la réorganisation et la surveillance de la régie municipale qui maîtrisait, à l'époque, l'eau, le gaz et l'électricité du chef-lieu avant qu'il ne devienne directeur des services techniques de la ville? En son âme et conscience, il partait, un peu, à l'aventure. En débarquant à " l'usine à gaz " avec, déjà, une certaine et sereine assurance qui frisait parfois la provocation, mulhousien sans être voyou, il ne supportait pas le qualificatif de " Hargeloffener " avant de se laisser apprivoiser. Né en 1917, il faisait, en cachant mal une prudente ambition, plus état de son expérience que de ses services et devint, bien vite, ce personnage haut en couleurs, toutes tendances savamment confondues, dont nous avons connu les humeurs, le caractère, le franc-parler et la détermination mais aussi l'ouvrage du maître d'oeuvre entreprenant et novateur qui a su conjuguer le passé au futur. Omniprésent, polyvalent et inventif, après avoir dompté les éléments à sa façon, même la neige aux Bagenelles, il a fait ressortir de notre terre, dans un retentissant " Glück Auf ", les minéraux et les pierres nobles de nos galeries avec la foi de celui qui se disait mécréant alors qu'il savait voir en chaque chose, une chose jolie, pour justifier une certaine idée de l'anticonformisme qui, pourtant, ne portait jamais atteinte au bon sens ni à la logique. Et il trouve le bon filon.
 Marguerite et François Lehmann, en compagnie de Raymond Valentin et Charlot Zuber au Musée Minéralogique en 1985 Sa première exposition fut organisée, timidement, dans la salle Marie-Simonet. Quelques modestes affichettes manuscrites annonçaient la nouvelle, résumée en un drôle de titre " Cailloux ", sans la moindre allusion au Petit Poucet, des pierres bien de chez nous dont on ne pensait pas qu'elles puissent, un jour, être cotées en " Bourse ". François Lehmann se serait même permis de plagier Hugo qui faisait partie de ses classiques dont il mobilisait les emphatiques références... " Objets inanimés auriez-vous donc une âme? " ... Riche de ses trouvailles, satisfait de sa quarantaine à peine bedonnante, de son enthousiasme et de son flair, encouragé et secondé par une épouse attentive et pragmatique, il devint, bien vite, un organisateur hors pair et un homme public qui su fédérer ses milliers d'exposants et de visiteurs, amateurs ou professionnels, minéralogistes ou joailliers tous azimuts. Le succès de la Bourse des Minéraux s'en alla grandissant. Il était fier de " son " exposition où il régnait en maître en y imposant son regard inquisiteur, son port altier, sa silhouette emblématique et son élégante ventripotence presque cardinalice, relevée par une paire de bretelles arrogantes autant que légendaires auxquelles il confiait vigoureusement ses pouces sur une chemise éternellement blanche aux manchettes capitalistes, dont les titres n'avaient rien à voir avec ses convictions.
AVEC SES AMIS DES MINES... Quand il s'agissait de prévoir ou d'organiser, rassuré par les conseils de Madame Lehmann qui connaissait la musique et savait battre discrètement mais efficacement la mesure, elle aussi, il faisait preuve d'un étonnant talent. Il avait déjà, avant l'heure, un ordinateur dans sa tête. Les jours d'orage, il savait assortir un juron incontrôlé d'une soudaine indulgence méridionale et ses appétits parfois rabelaisiens, d'une voltairienne candeur. C'était l'homme de tous les défis, prêt à prendre tous les paris dont il se voulait gagnant, même celui de Pascal, pourquoi pas, à l'ombre de l'église des mineurs de Saint-Pierre-sur-l'Hâte. " Franz, Frantz ou Frantzi, François... " pour les uns et pour les autres, " Monsieur Lehmann " pour tout le monde, il était aussi le " père Lehmann " pour tous ses proches et ses amis des anciennes mines, ses associés sans lesquels il n'aurait pas pu mener à bien son entreprise aux dimensions et aux retombées inespérées et tentaculaires au point de confondre l'impossible et l'imprévu. La Bourse, dès la fin des années 60, avait fait de Sainte-Marie-Aux-mines la " Capitale française du caillou " où l'on venait de découvrir les richesses et les promesses du " tourisme minéralogique " qui n'avait rien de futuriste ou d'utopique, raisonnablement envisagé à l'échelle de la corde qui battait le rappel au bout de la galerie ou à la verticale du puits. L'exposition est devenue internationale puis mondiale, planétaire avec la sélénite complicité d'une " pierre de lune ". Nous en sommes à sa 39ème édition officielle. Mais rappelez-vous aussi, il y a une trentaine d'années, Marguerite et François Lehmann, au 70 de la rue Wilson, avaient imaginé puis réalisé et bien ordonnancé leur " musée minéralogique " ouvert au public dont le livre d'or réconforte encore le souvenir avant que la collection ne rejoigne la " Maison de Pays " dans une salle qui porte leur nom. Ils auront désormais la dédicace d'une place, dans la rue Osmont, entre le théâtre, le vieux collège devenu lycée et la première piscine couverte d'Alsace-Lorraine au coeur, que les esprits chagrins se rassurent, de ce qui fut, chaque année, leur univers, leur espace... La Bourse, c'est une fois l'an. Le musée, c'était tous les jours que l'on veut ouvrables, dans un petit bâtiment désuet, presque romantique quand, après avoir franchi le porche pavé, marqué du témoignage historique de ses chasse-roues, on gravissait le petit escalier malaisé qui menait les visiteurs vers un fabuleux échantillonnage. Nous y retrouvions aussi des guides ou des gardiennes de permanence, et un autre couple fidèle à cette institution, quitte à chahuter leur modestie, Monsieur et Madame Guerre. François Lehmann menait le bal et s'accommodait aussi bien du grand public que de l'aparté qui devenait confidence. Fier de son bilinguisme, il maîtrisait parfaitement la langue allemande et cultivait, en français, avec une audacieuse malice et une sorte de recherche atavique, son accent alsacien, celui d'un dialecte dont il était un farouche défenseur et dont il savait faire usage en jonglant avec des mots et des artifices de poète qui démystifiait les éclats de vendanges tardives. Ami de Germain Muller qui lui avait signé, en autographe, " ê Mer senn die lechte, die allerlechte ", il ne manquait pas d'exhiber, avec une radieuse satisfaction, sa carte de " citoyen du monde " qu'était venu lui offrir un jour Gary Davis dans son bureau du " Gaswarick ", en " sainte-marien " dans le texte.
 Inauguration de la Bourse en 1985 Utopiste ou idéaliste, anticonformiste sûrement au point d'en devenir, mine de rien, conservateur... de musée, bien entendu. Il m'aurait pardonné cette digression. Il n'aimait pas les jeux de mots, de peur, peut-être, de commettre un impair ou de compromettre un pair. Toujours est-il qu'il prenait un malin plaisir, le temps d'un pluriel de majesté, à vouvoyer en français et, après avoir chassé le naturel, il revenait, au galop... pour tutoyer en alsacien. Le départ de son épouse, bien trop tôt disparue en 1988, l'avait désorienté, avant de nous quitter, lui aussi, il y a près de cinq ans déjà. Il savait que la relève serait assurée à l'exposition par Michel Schwab et son équipe. Il y fit encore de nostalgiques apparitions. Je me souviens d'un dimanche matin, la Bourse battait son plein, où il m'a téléphoné pour me demander de l'emmener voir " son " expo d'un peu plus haut. La circulation et les bouchons, le flux et le reflux avec l'écume du ressac semblaient presque l'effaroucher. Il tapait dans ses mains comme pour applaudir une sorte de résignation. Arrivé, rue de la République, au pied de " son Wasserdurm ", son château d'eau, il jeta un regard sur la place des fêtes où s'agglutinaient les voitures... " Schof, d'r Kelwaplatz ". Et puis, par le " Champ de la Chatte ", nous sommes allés jusqu'à la Fouchelle, tout près du vieux chêne qui y trône encore. Un peu essoufflé, il s'est arrêté pour redécouvrir cette vue que l'on veut imprenable sur son royaume. Il m'a dit " Regarde! ". Il a sorti un mouchoir de sa poche pour essuyer ses lunettes, en rigolant... pour faire semblant de ne pas pleurer.
Raymond Valentin Juin 2002
En hommage à Marguerite et François LEHMANN, Claude ABEL, Maire de Sainte-Marie aux Mines, a inauguré le vendredi 28 juin 2002 à 18h30 la place " Marguerite et François LEHMANN " située entre la Piscine Municipale et la Maison des Sociétés.
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| Maj le 19.07.2002 |
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