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Dossiers - Dinosaures de France
par Eric BUFFETAUT,
Directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)
et affecté à l’Ecole Normale Supérieure de Paris.


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Dinosaures de France

Ce texte est extrait du catalogue de la 44ème exposition-bourse de Minéraux, Gemmes et fossiles de Sainte-Marie aux Mines 2007

Les dinosaures, « lézards terriblement grands », ont vécu parmi nous, tout au moins sur le territoire qui est actuellement la France. C’est l’histoire de ces Dinosaures français que nous allons maintenant vous conter...


Qu’est-ce qu’un dinosaure ?

Dans l’esprit du public, un dinosaure est tout simplement un grand reptile disparu. Les choses ne sont pas si simples. Les dinosaures constituent un groupe de reptiles bien particulier, défini par des caractères de leur squelette qui les séparent clairement d’autres « grands reptiles » du Mésozoïque. Ces caractères sont pour beaucoup liés à la posture et à la locomotion des dinosaures, qui au contraire des reptiles que nous connaissons aujourd’hui ne rampaient pas, mais se déplaçaient avec le tronc bien soulevé au-dessus du sol par des membres redressés. Cette posture qui rappelle celle des mammifères terrestres (ou celle des oiseaux dans le cas des dinosaures bipèdes) leur permettait une locomotion efficace, qui a sans doute contribué à leur grand succès évolutif. Dans le squelette, ces adaptations se marquent par exemple par la tête du fémur formant un angle presque droit avec le reste de l’os, d’où une articulation avec le bassin permettant à la jambe de se trouver en position verticale.

Cette efficacité locomotrice des dinosaures était semble-t-il accompagnée d’une efficacité physiologique : de nombreux indices, tirés par exemple de l’histologie osseuse et de la géochimie isotopique des restes fossiles, font penser que de nombreuses espèces de dinosaures étaient « à sang chaud », c'est-à-dire capables de maintenir leur température corporelle à peu près constante en dépit des variations des conditions externes, ce que ne peuvent pas faire les reptiles « à sang froid ».

Le mot « dinosaure », qui est constitué à partir de deux racines grecques, deinos (« terriblement grand ») et sauros (« lézard »), fut proposé en 1842 par le paléontologue britannique Richard Owen, pour désigner un ensemble de grands reptiles fossiles dont les restes avaient été découverts dans le Jurassique et le Crétacé d’Angleterre. Owen n’avait à sa disposition que des restes assez incomplets appartenant seulement à trois genres, Megalosaurus, Iguanodon et Hylaeosaurus, mais il sut reconnaître l’originalité de ce groupe d’animaux et leurs adaptations à une posture et une locomotion particulières. Depuis 1842, les découvertes se sont multipliées sur tous les continents, on connaît aujourd’hui plus de 500 espèces de dinosaures, et les « lézards terriblement grands » d’Owen sont devenus les plus célèbres des animaux disparus.


Les principaux groupes de dinosaures

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Giganotosaurus
Illustration : Alain Bénéteau ©
Les dinosaures se subdivisent en deux groupes principaux d’après la structure de leur bassin, qui dans tous les cas se compose de trois os, l’ilion (dorsal), le pubis (vers l’avant) et l’ischion (vers l’arrière).
  • Les Saurischiens, ou « dinosaures à bassin de reptile », ont un bassin à trois branches, le pubis se dirige entièrement vers le bas et l’avant.

  • Les Ornithischiens, ou « dinosaures à bassin d’oiseau », ont un bassin à quatre branches, car le pubis est bifide, avec une branche dirigée vers l’avant et une vers l’arrière.
Attention ! Les oiseaux ne dérivent pas des ornithischiens, mais des saurischiens. Les ressemblances entre oiseaux et ornithischiens dans la structure du bassin sont superficielles et ne traduisent pas une proche parenté.

Les deux grands ensembles de dinosaures se sont séparés très tôt, dès le Trias. Leur diversification a eu pour résultat l’apparition de divers groupes aux adaptations différentes.
Les saurischiens se divisent en :
  • Sauropodomorphes : parmi ces grands dinosaures herbivores, on distingue les prosauropodes, connus au Trias supérieur et au Jurassique inférieur, qui pouvaient atteindre une dizaine de mètres de longueur, et les sauropodes, connus du Trias supérieur à la fin du Crétacé. Ces derniers sont les plus grands des dinosaures, et c’est parmi eux que l’on trouve les énormes animaux terrestres connus.
  • Théropodes : ce sont des dinosaures carnivores, apparus au Trias supérieur et ayant persisté jusqu’à la fin du Crétacé. Leur diversité est considérable, on y trouve aussi bien de très petites formes comme certains dinosaures à plumes de Chine guère plus gros qu’un pigeon jusqu’à des animaux d’une quinzaine de mètres de longueur comme les tyrannosaures. Certains étaient édentés (ornithomimosaures), d’autres avaient des mâchoires et des dents évoquant celles des crocodiles (spinosaures).

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Prosauropode
Illustration : Alain Bénéteau ©
Les ornithischiens, tous herbivores, comprennent les groupes suivants :
  • Ornithopodes : groupe connu du début du Jurassique à la fin du Crétacé, très divers, comprenant aussi bien de petites formes bipèdes que des animaux beaucoup plus gros qui étaient sans doute principalement quadrupèdes. Les iguanodontidés et les hadrosauridés (« dinosaures à bec de canard ») sont des ornithopodes bien représentés dans le Crétacé de France.

  • Thyréophores : ce sont les dinosaures cuirassés, pouvant atteindre plusieurs mètres de longueur, comprenant les stégosaures (Jurassique inférieur – milieu du Crétacé) qui possédaient des rangées de plaques ou épines osseuses le long du dos et de la queue, et les ankylosaures (Jurassique moyen – fin du Crétacé), dont le corps était complètement couvert d’une armure de plaques osseuses s’étendant du crâne à la queue.

  • Marginocéphales : ces ornithischiens se signalent par le développement de diverses formations osseuses sur le crâne. Chez les pachycéphalosaures, la boîte crânienne est très épaissie et ornée de piquants. Chez les cératopsiens, les mâchoires se terminent par un bec évoquant celui d’un perroquet, une collerette osseuse se développe à l’arrière du crâne, et des cornes peuvent être présentes sur le nez, au-dessus des yeux et sur la collerette.
La France des dinosaures

Les dinosaures sont apparus vers le début du Trias supérieur, il y a environ 230 millions d’années. Ils ont évolué et se sont diversifiés durant le Trias supérieur, le Jurassique et le Crétacé, pour disparaître à la limite entre le Crétacé et le Tertiaire, il y a 65 millions d’années. On peut donc a priori trouver des restes de dinosaures dans toutes les roches sédimentaires formées depuis le Trias supérieur jusqu’à la fin du Crétacé.

Mais il ne faut pas perdre de vue que les dinosaures étaient des animaux terrestres. C’est donc principalement dans des roches formées sur les continents, déposées dans des lits de rivières, dans des plaines d’inondation lors de crues ou au fond de lacs, que l’on découvre des fossiles de dinosaures – d’où la richesse à cet égard, par exemple, des formations continentales du Trias supérieur du Jura, ou du Crétacé supérieur de la Provence et du Languedoc. Or, pendant de longues périodes de l’histoire des dinosaures, le territoire de la France actuelle a été couvert plus ou moins largement par des mers peu profondes, qui ne constituaient évidemment pas un habitat approprié aux dinosaures. On peut néanmoins découvrir des restes de ces animaux dans les dépôts de ces mers. Il s’agit alors d’éléments de cadavres entraînés en mer, et qui ont pu flotter plus ou moins longtemps avant de tomber au fond et d’y être enfouis, ou encore d’os ou de dents isolés charriés au sein de sédiments détritiques à l’embouchure de fleuves. De tels fossiles de dinosaures trouvés dans des roches déposées en milieu marin ne sont pas aussi rares qu’on pourrait le penser : on en a trouvé en assez grand nombre, par exemple, dans le Jurassique de Normandie, dans le Crétacé inférieur de l’Est du Bassin parisien, et de façon plus isolée dans nombre d’autres régions.


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Océan Jurassique
Illustration : Alain Bénéteau ©
Les dinosaures ne sont pas connus que par leurs ossements. Les traces de pas qu’ils ont laissées, parfois en grand nombre, à la surface d’anciennes plages ou autres étendues humides, sont aussi des témoignages de leur existence. La France est riche en sites à empreintes de dinosaures, notamment dans le Trias des Cévennes, le Jurassique inférieur de Vendée, de Dordogne et des Causses, le Jurassique supérieur du Jura et du Quercy.

Les œufs de dinosaures, enfin, sont particulièrement nombreux dans les terrains continentaux du Crétacé supérieur de Provence et du Languedoc, ces régions comptant certains des sites les plus riches au monde.

Trias supérieur : les plus anciens dinosaures de France (Norien-Rhétien, 216-200 millions d’années)

Dans diverses régions de France, le Trias supérieur (Norien) est représenté par des dépôts continentaux, dans lesquels les restes de vertébrés terrestres, notamment de dinosaures, peuvent être localement abondants. C’est le cas en particulier en plusieurs endroits de la chaîne du Jura, où l’on rencontre assez souvent des ossements du grand prosauropode Plateosaurus. Les sites de la région de Poligny (Jura) sont connus depuis le XIXe siècle. A Lons-le-Saunier, c’est beaucoup plus récemment, dans les années 1990, que des fouilles ont été effectuées sur un site présentant une accumulation de restes de Plateosaurus, à la suite d’une découverte réalisée par des amateurs.

Plus au nord, dans la Haute-Marne, des fossiles de prosauropodes ont été trouvés en Haute-Marne, notamment dans le gisement rhétien (Trias terminal) de Provenchères. Un pied de Plateosaurus bien conservé provient d’une tranchée de chemin de fer à Violot.

En Lorraine, c’est surtout à Saint-Nicolas-de-Port, près de Nancy (Meurthe-et-Moselle) que des restes de vertébrés du Trias supérieur ont été trouvés, notamment par tamisage du sédiment sableux. En ce qui concerne les dinosaures, il s’agit surtout de dents de prosauropodes, mais aussi de petits théropodes.
Ailleurs en France, les restes squelettiques de dinosaures du Trias sont plus rares, mais on connaît de nombreux sites à empreintes, notamment sur le pourtour du Massif Central, dans le Morvan et dans les Cévennes. Des pistes attribuables à des prosauropodes ont ainsi été découvertes près d’Alès (Gard). Egalement dans le Gard, le gisement d’Alzon a livré quelques ossements d’un prosauropode.


A l’aube du Jurassique

En France, les séries sédimentaires correspondant au passage du Trias au Jurassique ont livré davantage d’empreintes de pas de dinosaures que de restes osseux. Une exception notable est constituée par le squelette partiel d’un théropode de taille moyenne (environ 5 mètres de longueur) trouvé dans une carrière à Airel (Manche). Ce spécimen, qui vient d’un niveau très proche de la limite Trias-Jurassique, a fait l’objet de diverses études et vient d’être placé dans un genre nouveau, Lophostropheus.


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Saltasaurus
Illustration : Alain Bénéteau ©
Il n’est pas exclu que des animaux tels que Lophostropheus soient les auteurs de certaines des nombreuses traces tridactyles trouvées dans des niveaux proches de la limite Trias-Jurassique dans diverses régions de France. L’un des sites les plus productifs est le Veillon, sur la côte vendéenne, où un millier d’empreintes purent être relevées en 1965-1966.

Les empreintes de pas de dinosaures sont aussi abondantes dans l’Hettangien (base du Jurassique) des Cévennes et des Causses, avec des sites importants à Saint-Laurent-de-Trèves, en Lozère, et aux environs de Millau (Aveyron). La plupart des empreintes relevées sur ces sites montrent trois doigts pointus et sont attribuables à des théropodes. Ces animaux apparemment fréquentaient les étendues de vase calcaire en bordure de mer où leurs pistes ont pu s’imprimer dans le sédiment et se conserver.

Un type plus rare de piste de dinosaure de l’Hettangien est celui découvert dans la cour d’une ferme à Corniac sur l’Isle, en Dordogne. Les empreintes aux doigts robustes, courts et arrondis suggèrent que leur auteur était un stégosaure. Il s’agit d’un des plus anciens indices de l’existence de stégosaures.

Les dinosaures du Jurassique moyen, en Normandie et ailleurs (175-161 millions d’années)


Les roches datant du Jurassique moyen France se sont pour la plupart déposées en milieu marin, même si on relève parfois des indices d’émersion. On y trouve parfois à l’occasion des restes de dinosaures, qui peuvent être relativement complets.

Dès le début du XIXe siècle, des fossiles de théropodes furent trouvés dans le Bathonien de la région de Caen, l’un des plus significatifs étant le squelette partiel décrit sous le nom de Poekilopleuron bucklandi (détruit en 1944). Beaucoup plus récemment, un autre squelette de théropode du Bathonien de cette région a été décrit sous le nom de Dubreuillosaurus valesdunensis.


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Lexovisaurus vs Allosaurus
Illustration : Alain Bénéteau ©
En Normandie, l’étage callovien correspond surtout à des roches argileuses, bien visibles dans les falaises des Vaches Noires entre Villers-sur-Mer et Houlgate (Calvados), où des restes en général fragmentaires de théropodes, appartenant semble-t-il à plusieurs espèces, ont été récoltés depuis le XIXe siècle. On trouve aussi ces argiles à l’intérieur des terres, où elles sont exploitées en carrières. Celle d’Argences (Calvados) a livré en 1955 un remarquable squelette incomplet de stégosaure, à partir duquel fut établi le genre Lexovisaurus. Des restes de sauropodes sont aussi connus dans le Callovien de Basse-Normandie.

En Franche-Comté aussi, les dépôts marins du Callovien ont fourni des ossements de dinosaures. Certains d’entre, trouvés au Puits de la Brême (Doubs), attirèrent l’attention du paléontologue anglais William Buckland au Musée de Besançon dès 1826, 16 ans avant l’ « invention » du mot « dinosaure » ! Il s’agit de restes de théropode et de sauropode. Le Musée de Gray (Haute-Saône) conserve aussi un fémur d’un grand théropode provenant du Callovien de la région.



Les débuts du Jurassique supérieur : de la Normandie au Jura (Oxfordien, 161-155 millions d’années)

Comme le Callovien, l’Oxfordien, premier étage du Jurassique supérieur, est représenté sur la côte normande par des dépôts argileux marins, qui ont livré notamment un fragment de mâchoire de grand théropode. Ailleurs en Normandie, près de Lisieux, les Sables de Glos, qui représentent un faciès plus littoral, ont fourni des dents de sauropodes et de théropodes.

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Iguanodon
Illustration : Alain Bénéteau ©
Mais le plus remarquable des dinosaures oxfordiens de France est sans conteste le squelette de sauropode trouvé en 1934 dans une carrière de calcaire à Damparis (Jura), et qui fit l’objet d’une fouille systématique. Ce grand dinosaure aux membres antérieurs plus longs que les membres postérieurs appartient apparemment à la famille des Brachiosauridés, et fut longtemps le plus complet des sauropodes trouvés en France. On pensa d’abord qu’il s’agissait d’un cadavre ayant flotté en mer avant de couler au fond, mais les restes du sauropode de Damparis sont en fait associés à quelques dents de théropodes, qui montrent clairement que le cadavre de l’herbivore fut dévoré sur place par des carnivores, et qu’il ne peut pas y avoir eu de transport. Il faut donc conclure que la lentille sableuse dans laquelle furent trouvés les fossiles s’est formée durant une période d’émersion de la plate-forme carbonatée qui couvrait alors cette partie du Jura. Ces terres temporairement émergées abritaient des populations de dinosaures.
C’est dans un tout autre contexte géologique qu’ont été trouvés en 1982 quelques éléments du squelette d’un très grand théropode, lors de travaux routiers à Plaimbois-du-Miroir, dans le Doubs. Il s’agit là de calcaires déposés en milieu marin, et il est probable que les restes sont ceux d’un cadavre ayant flotté en mer.


Géants et nains à la fin du Jurassique (155-145 millions d’années)

Les dinosaures de la fin du Jurassique (Kimmeridgien et Tithonien) sont bien représentés en France, des falaises de Normandie à la Haute-Provence.

Les couches kimmeridgiennes des environs du Havre ont fourni des ossements et dents de théropodes et de sauropodes depuis le XIXe siècle. En 1896 eut lieu à Octeville (Seine-Maritime) une découverte remarquable, celle d’un squelette incomplet de stégosaure, Dacentrurus lennieri (hélas détruit en 1944).

Plus au Nord, dans le Boulonnais, le Kimmeridgien marin a livré quelques restes de dinosaures (théropodes et sauropodes). Mais c’est surtout dans les dépôts sableux d’estuaires du Jurassique terminal (Tithonien) que l’on rencontre des dinosaures dans cette région. Il s’agit d’un sauropode pouvant atteindre une très grande taille, décrit sous le nom de Neosodon, de grands théropodes, d’un iguanodontidé, et peut-être aussi d’un ankylosaure.

Dans l’Est du Bassin parisien, on connaît quelques vertèbres d’un sauropode trouvées dans le Tithonien de la Haute-Marne.

Dans le Jura, ce sont des pistes qui témoignent de la présence de dinosaures à la fin du Jurassique. En 2004, plusieurs sites à empreintes furent découverts à la surface de ancs de calcaire tithonien près du village de Coisia par Christian Gourrat. Le plus important d’entre eux a livré plus de 170 traces de pas de sauropodes de très grande taille. Il s’agit là d’un des plus importants sites à pistes de sauropodes de France.

En Provence, c’est au contraire un dinosaure de très petite taille qui a été trouvé dans les calcaires lithographiques tithoniens du Plan de Canjuers, dans le Var. Ce dinosaure carnivore, représenté par un squelette presque complet, ne dépasse pas 1,20 m de longueur (y compris sa très longue queue). Il a été attribué au genre Compsognathus, antérieurement connu par un squelette encore plus petit trouvé dans le Jurassique supérieur de Bavière.


Le Crétacé commence…(Berriasien-Aptien, 145-112 millions d’années)

Les plus anciens dinosaures crétacés connus en France sont ceux trouvés dans le gisement de Cherves, près de Cognac, où des fouilles systématiques menées depuis quelques années ont livré une très riche faune de vertébrés datant du Berriasien. Les dinosaures y sont représentés par des sauropodes, des théropodes, des ornithopodes et des stégosaures, connus surtout (mais pas exclusivement) par des dents.

Les dinosaures des étages suivants du Crétacé (Valanginien, Hauterivien, Barrémien) sont connus principalement dans des niveaux marins. Le Valanginien de Crespian (Gard) a ainsi livré plusieurs os du bras d’un grand théropode.

C’est surtout dans l’Est du Bassin parisien que l’on a trouvé des fossiles de dinosaures dans l’Hauterivien. En plusieurs lieux de la Haute-Marne et de l’Aube, le Calcaire à Spatangues, déposé en milieu marin peu profond et sans doute non loin d’une terre émergée, a livré des restes de l’ornithopode Iguanodon, notamment un fragment de mandibule à Bernon (Aube) et un squelette incomplet attribué à Iguanodon atherfieldensis à Wassy (Haute-Marne).

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Brachiosaures Iguanodon
Illustration : Alain Bénéteau ©
L’étage suivant, le Barrémien, commence dans la région par des argiles marines, qui elles aussi ont livré quelques restes d’Iguanodon. Puis s’installent des conditions continentales. En 1971, lors du creusement d’un canal dans des couches barrémiennes fluviatiles à Saint-Dizier (Haute-Marne), un squelette partiel d’un grand Iguanodon, attribué à l’espèce Iguanodon bernissartensis, fut mis au jour.

Les autres dinosaures du Crétacé inférieur sont moins bien représentés dans cette région, mais on connaît un fémur d’un sauropode de faible taille dans le Barrémien de la Meuse.

L’étage aptien n’a pas livré beaucoup de restes de dinosaures. On peut néanmoins citer un cubitus d’Iguanodon trouvé dans la Haute-Marne.


Au milieu du Crétacé (Albien-Santonien, 112-84 millions d’années)

Bien que les sédiments albiens connus en France soient principalement d’origine marine, ils ont livré des restes de dinosaures dans diverses régions. Un des premiers spécimens français à avoir été clairement attribué à un dinosaure est l’humérus de sauropode trouvé vers 1840 dans les Grès verts albiens du Mont Ventoux (Vaucluse). Mais la plupart des dinosaures albiens de France proviennent de dépôts sableux ou argileux dans la moitié nord du pays. Ainsi, les falaises côtières de Haute-Normandie ont fourni quelques restes intéressants, tels que des vertèbres caudales d’un gros sauropode trouvées à Bléville (Seine-Maritime). Dans les argiles albiennes du Pays de Bray à Villers-Saint-Bathélémy (Oise) a été trouvée une série de vertèbres caudales appartenant aussi à un sauropode.

Dans l’Est du Bassin parisien, les argiles albiennes (« argiles du Gault ») livrent parfois des os de dinosaures, tels que des vertèbres de sauropode dans la Meuse et un ostéoderme d’ankylosaure dans l’Aube. Mais les découvertes les plus nombreuses furent faites dans les Sables verts de l’Albien inférieur de la Meuse (Argonne) et des Ardennes lorsque ceux-ci furent exploités, au XIXe siècle, pour en extraire des nodules phosphatés servant à la fabrication d’engrais. Le grand théropode Erectopus, connu par un squelette incomplet, est un des éléments les plus remarquables de cette faune, qui comprend aussi des sauropodes et des ankylosaures.


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Triceratops Horridus
Illustration : Alain Bénéteau ©
Avec le Cénomanien débute le Crétacé supérieur. En France, cet étage n’est pas très riches en restes de dinosaures. Dans le Cénomanien du Mans, on connaît une vertèbre de sauropode. En Touraine, une dent d’ankylosaure a été signalée. Des découvertes plus nombreuses ont été faites en Charente-Maritime. A Saint-Agnant, des éléments du squelette d’un sauropode furent trouvés dans un champ dès le XIXe siècle. Beaucoup plus récemment, diverses découvertes réalisés dans les dépôts littoraux du Cénomanien charentais ont révélé un assemblage de dinosaures, représenté surtout par des dents, comprenant des sauropodes, des théropodes et, chose intéressante, un très ancien hadrosaure.

Les données concernant les dinosaures français du Turonien, du Coniacien et du Santonien sont extrêmement limitées. Des dents de théropodes ont été signalées dans le Turonien et le Santonien de Vendée.


Campanien et Maastrichtien : les riches gisements du Sud de la France (80-70 millions d’années


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Variraptor vs Rhabdodon
Illustration : Alain Bénéteau ©
A partir du Campanien s’installent dans le Sud de la France, dans les régions correspondant à la Provence et au Languedoc d’aujourd’hui, des environnements continentaux. Les dépôts fluviatiles qui se forment alors, composés de conglomérats, grès et argiles, contiennent en beaucoup d’endroits d’abondants restes de vertébrés, dont des dinosaures. Ces riches accumulations de fossiles, connues depuis le XIXe siècle, font actuellement l’objet de fouilles systématiques (Campagne-sur-Aude dans l’Aude, Cruzy dans l’Hérault, la Bassin d’Aix dans les Bouches-du-Rhône, Fox-Amphoux dans le Var, etc.) et la faune de dinosaures du Campanien supérieur /Maastrichtien inférieur du Sud de la France est une des mieux connues en Europe. Ces animaux constituent un assemblage particulier ayant évolué sur une des plus grandes îles constituant l’archipel européen de cette époque de haut niveau des mers, montrant des ressemblances mais aussi des différences avec les faunes des autres zones émergées (à l’emplacement notamment de l’Autriche et de la Roumanie actuelles).

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Struthiosaurus
Illustration : Alain Bénéteau ©
Les dinosaures ornithischiens y sont représentés en particulier par l’ornithopode Rhabdodon, très fréquent dans beaucoup de sites. Deux espèces de ce dinosaure de taille moyenne (longueur maximum environ 5 m) sont connues, Rhabdodon priscus et Rhabdodon septimanicus.

Un autre ornithischien est nettement plus rare dans ces gisements, il s’agit du dinosaure cuirassé Struthiosaurus. Cet ankylosaure de la famille des Nodosauridés est connu par des plaques dermiques, des dents et divers ossements (notamment un bassin trouvé à Villeveyrac, dans l’Hérault), mais il demeure incomplètement connu.



Dinosaures saurischiens du Campanien / Maastrichtien (80-70 millions d’années)

Les riches gisements de Provence et du Languedoc livrent aussi en abondance des restes de saurischiens, sauropodes aussi bien que théropodes.

Les sauropodes sont représentés par des titanosaures, groupe dominant de sauropodes au Crétacé supérieur dans de nombreuses régions du monde. Les premiers restes de titanosaures à avoir été signalés dans le Crétacé supérieur de France furent nommés Hypselosaurus par Matheron en 1869, mais ce genre est très mal défini et il est préférable de ne plus utiliser ce nom. Récemment, des spécimens beaucoup plus complets, en partie articulés, ont été découverts dans la haute vallée de l’Aude à Campagne-sur-Aude. Ils ont permis de définir l’espèce Ampelosaurus atacis, qui est en passe de devenir un des titanosaures les mieux connus au monde. Ce sauropode qui pouvait atteindre 15 mètres de longueur était pourvu d’épaisses plaques osseuses servant sans doute de protection. Il semble qu’il ait existé d’autres espèces de titanosaures dans la région au Crétacé supérieur, mais elles demeurent très mal connues.


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Ampelosaurus Tarascosaurus
Illustration : Alain Bénéteau ©
Les théropodes sont moins bien représentés que les sauropodes dans les sites du Crétacé supérieur du Sud de la France, mais on a pu mettre en évidence deux groupes distincts.

Les Dromaeosauridés sont représentés par des formes de petite taille (2 mètres de longueur), légèrement bâties, aux griffes puissantes. L’espèce la mieux connue est Variraptor mechinorum, trouvée d’abord à Fox-Amphoux dans le Var, puis dans l’Hérault.

Il existait aussi des théropodes beaucoup plus gros, atteignant 6 à 7 mètres de longueur, et appartenant à la famille des Abelisauridés, connue par ailleurs au Crétacé surtout sur les continents du Sud (Amérique du Sud, Afrique, Madagascar, Inde). Le genre Tarascosaurus a été décrit à partir d’ossements trouvés dans le Campanien du Beausset, dans le Var. Des restes d’Abelisauridés sont connus dans nombre de gisements tant en Provence qu’en Languedoc.


Les derniers dinosaures de France (Maastrichien supérieur, il y a 70 à 65 millions d’années)

La faune de dinosaures connue au Campanien et au début du Maastrichtien dans le Sud de la France, dominée en ce qui concerne les herbivores par l’ornithopode Rhabdodon et par les titanosaures, est remplacée au cours du Maastrichtien par un assemblage différent, dans lequel Rhabdodon n’est plus présent. On y rencontre encore des titanosaures, mais les ornithopodes sont désormais représentés par des hadrosaures, ou « dinosaures à bec de canard », au nombreuses dents disposées en « batteries » à l’arrière des mâchoires, qui sont abondants dans les gisements du Maastrichtien supérieur, que ce soit dans les Corbières ou dans les Petites-Pyrénées, en Haute-Garonne. Des ankylosaures sont également présents, ainsi que des dinosaures carnivores, dont des Dromaeosauridés.

Les raisons de ce changement faunique, marqué par la disparition de Rhabdodon et l’arrivée en grand nombre des hadrosaures, sont encore obscures, ainsi que le lieu d’origine de ces hadrosaures, qui ne paraissent pas être présents en France dans les sites plus anciens, du Campanien et du début du Maastrichtien. Quoi qu’il en soit, cette faune à hadrosaures est le dernier assemblage de dinosaures qui soit connu en France, durant environ les cinq derniers millions d’années du Crétacé.

L’histoire des dinosaures en France se clôt, comme partout ailleurs, avec la grande crise biologique de la fin du Crétacé. Tout porte à croire aujourd’hui que le facteur déterminant de l’extinction en masse survenue il y a 65 millions d’années est la collision avec la Terre d’un astéroïde d’un diamètre d’une dizaine de kilomètres, qui a laissé un immense cratère d’impact au Yucatan (Mexique) et des retombées (iridium, minéraux choqués, magnétites d’origine extra-terrestre) dans le monde entier. En France, le mince niveau argileux contenant les indices de cet événement de la limite Crétacé-Teriaire a été observé dans les falaises de la côte basque. Les extinctions survenues à cette époque sont à mettre au compte des ruptures de chaînes alimentaires provoquées par les bouleversements écologiques lés à l’impact, notamment du fait du manque de lumière consécutif à l’injection d’énormes quantités de poussière dans l’atmosphère.


Bibliographie d’Eric BUFFETAUT :
Les Dinosaures (collection « Idées reçues », Editions du Cavalier Bleu, 2006)
La fin des dinosaures, Comment les grandes extinctions ont façonné le monde vivant (Fayard, 2003)
Cuvier, le découvreur de mondes disparus (Editions Belin, 2002)

Toutes les illustrations sont d’Alain Bénéteau, Paris.!


 
Maj le 04.08.2007