|
|
 |
 |
 |
Dossiers - Quel avenir
pour le musée minéralogique de Trepca (Kosovo) Si le géant minier se relève, le musée minéralogique reste à sauver
|
par Pierre-Christian GUIOLLARD E-mail : guiollard.editeur@wanadoo.fr |
Les bonnes nouvelles dans le monde minier européen sont assez rares pour être signalées : après dix années d’arrêt, la mine de Trepca au Kosovo, l’une des plus importantes mines de plomb, zinc et argent d’Europe, a redémarré à la fin du mois d’août dernier.
Avec de nombreuses années de réserve, le gisement polymétallique de Trepca constitue un intérêt industriel et économique de premier plan, notamment pour les métaux rares. A cela s’ajoute l’ intérêt majeur que représentent, pour la communauté scientifique et les collectionneurs, l’extraordinaire richesse de ses minéralisations (plus de 60 espèces) et l’exceptionnelle diversité des paragenèses, aux cristallisations parfois exceptionnelles.
Depuis des décennies, la mine de Trepca a fait le bonheur des minéralogistes du monde entier mais elle a aussi permis de constituer une collection de référence exceptionnelle. Dès 1927, date de la mise en exploitation contemporaine du gisement, les plus beaux spécimens ont été réunis au sein d’un musée minéralogique géré par la mine. Le musée de Trepca est cité par Guillemin et Mantienne comme faisant partie des 100 meilleurs musées de minéralogie du monde, au même titre que la Smithsonian ou le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris (in “En visitant les meilleures collections mondiales”, édit. BRGM, 1989).
Dès 1990, avec le début du conflit et l’éviction de nombreux employés d’origine albanaise, la mine cesse toute activité, les travaux sont noyés, et les installations d’extraction et de traitement des minerais dévastées. Dans la zone Nord, d’autres mines continuent d’être exploitées par les Serbes. La région fait l’objet de nombreux combats et d’exactions en tous genres jusqu’en 2000, date à laquelle le calme revient sur la région contrôlée par la KFOR et l’UNMIK (Mission des Nations Unies au Kosovo).
Entre temps des rumeurs ont fait état d’un pillage du musée de Trepca, fausse alerte, les collections semblent avoir été globalement épargnées.
Avec le retour au calme (précaire) dans la région et dans le cadre du redémarrage économique du pays, une remise en exploitation provisoire, sous administration de l’UNMIK a été engagée. Toutefois, il semble évident qu’une exploitation économiquement viable, passe par une incontournable modernisation des moyens d’extraction et de traitement des minerais, avec, à brève échéance, la participation d’investisseurs étrangers.
Avec la relance de l’activité d’exploitation se pose également la question du devenir du musée minéralogique. Cette question fait l’objet d’une réflexion de la direction actuelle de la mine qui a souhaité connaître l’avis d’une mission exploratoire.
|
 L'équipe à la sortie de la mine
L'équipe à la sortie de la mine. De gauche à droite : B Larderet, J.Balazuc, J.Vendel, Vjollca Meha, J.Féraud, C.Frima, S.Plakolli, J.Schwab, P.C. Guiollard et M.Schwab |
|
 Vue générale...
Vue générale des installations de surface de la mine de Stari Trg. Photo : P.C. Guiollard © |
|
 Trepca : Situation géographique
| Trepca : Situation géographique |
|
 Vue générale...
Vue générale des installations de surface de la mine de Stari Trg.
Photo : P.C. Guiollard © |
|
 Anciens travaux...
Anciens travaux sur les affleurements du gisement. C'est dans ce secteur
que se trouveraient les plus anciennes exploitations, datant de l'Antiquité Photo : P.C. Guiollard © |
|
|
 Préparation du tir.
Préparation du tir, on remarque sur le front de taille l'abondante minéralisation Photo : P.C. Guiollard © |
|
 l'usine de traitement des minérais
Usine de traitement des minerais de Tunelli Pare. Les cellules de flottation Photo : P.C. Guiollard © |
|
 l'usine de traitement des minérais
Usine de traitement des minerais de Tunelli Pare. Le broyeur à boulets. Photo : P.C. Guiollard © |
|
 Devant les vitrines du Musée.
Michel Schwab et Vjollca Meha, géologue et conservatrice
du musée de minéralogie devant les vitrines du musée Photo : P.C. Guiollard © |
| |
Une mission exploratoire
Cette initiative doit son existence à différents concours de circonstances :- Au contact entre Jocelyn Vendel, officier supérieur du Génie chargé de la reconstruction au Kosovo avec Michel Schwab, organisateur d’EURO MINERAL à Sainte-Marie-aux Mines tous deux passionnés par la mine de Trepca.
- Parallèlement et indépendamment de ces contacts, Jean Féraud, autre passionné de Trepca, publiait des pages Web sur le sujet, de sa rencontre avec Michel Schwab est née l’idée de lancer une campagne de soutien à la préservation du musée minéralogique de Trepca. Le concept d’une exposition visant à sensibiliser le public et à solliciter son soutien a été élaboré à partir des travaux documentaires de Jean Féraud.
- Suite à la visite en avril 2005 de Miftar Hyseni (Directeur des mines de Trepca) à Michel Schwab, un voyage exploratoire a été planifié pour septembre 2005 afin de mesurer les attentes des dirigeants et d’estimer la priorité des actions à engager.
Objectifs de la mission : Dans un premier temps : - Réaliser un “état des lieux” des collections et du musée
- Prendre contact avec les responsables locaux.
Dans un second temps :- Proposer des solutions pour aider les Kosovars à remettre en état le musée et les collections
- Eudier les actions possibles à mettre en oeuvre afin d’assurer la pérennité et la valorisation de ce qui doit être considéré comme un patrimoine minéralogique national pour le Kosovo mais aussi un centre d’intérêt culturel et scientifique mondial par la richesse de ces collections.
Accompagnée par Skender Plakolli, ancien ingénieur des mines à Trepca et réfugié en France depuis 2000, l’équipe se compose de huit personnes de compétences variées (géologues, minéralogistes, ingénieur des mines, photographe, historien, spécialiste audiovisuel, spécialiste des travaux publics), toutes volontaires, bénévoles et indépendantes.
Cette mission a bénéficié du soutien d’EURO MINERAL Sainte-Marie aux Mines pour la logistique et le transport.
Après obtention des autorisations nécessaires auprès des responsables du site industriel, des responsables de l’UNMIK et de la KFOR, la date du voyage est fixée pour la période du 10 au 18 septembre 2005. Les participants visitent les lieux, la mine, les usines de traitement des minerais, le musée et rencontrent les différents responsables, les géologues, la conservatrice du musée, et les responsables de l’UNMIK. Des contacts amicaux informels sont également établis avec des personnes appartenant aux deux communautés serbes et albanaises.
Cette première prise de contact avec les réalités du Kosovo fut parfois brutale, l’ampleur de la tâche est immense, mais l’accueil chaleureux qui nous a été réservé nous incite à poursuivre plus avant cette mission.
|
La mine de Trepca en quelques chiffres production + réserves : 60 millions de t de minerai- 5 millions de t de plomb et zinc métal
Produits à ce jour : 2 millions de t de plomb- 1,3 million de t de zinc
- 4000 t de bismuth
- 1700 t de cadmium
- 2500 t d’argent
- 9 t d’or
ainsi que des métaux rares : indium, germanium, gallium, gallium, sélénium et tellure Hauteur d’exploitation du gisement : 800 mètres. |
|
Bref historique de la mine L’exploitation minière pour l’or et l’argent de la région semble bien remonter à l’Antiquité comme en témoignent les nombreux travaux miniers anciens et les tas de scories retrouvés dans toute la région. À Trepca, la première phase d’activité, qui soit prouvée à ce jour, démarre au Moyen Age, l’exploitation du plomb, de l'argent et du fer y est intense. Jusqu’alors aux mains des Serbes, la région est envahie en 1389 par les Turcs qui assurent la poursuite de l’exploitation des mines jusqu’en 1685. A compter de cette date, la récession s’installe et les mines des Balkans tombent progressivement dans l’oubli. Il faudra attendre 1925 pour assister à la relance de la mine de Trepca par la compagnie britannique “Trepca Mines Limited”. Celle-ci ouvre alors la mine de Stari Trg à proximité des travaux médiévaux. De 1930 à 1940, la mine produit 600 à 700 000 tonnes de minerai par an, une fonderie de plomb est construite à Zvecan en 1940 pour alimenter une fabrique de batteries. Pendant la seconde guerre mondiale, la mine de Trepca est exploitée par les “Reichswerke Hermann Goering”. Après la guerre, la mine et les usines sont nationalisées par Tito. Le Combinat Minier, Métallurgique et Chimique Plomb et Zinc de Trepca devient l’un des plus importants complexes miniers de Yougoslavie. À la veille de son effondrement, le combinat employait 20 000 personnes et produisait 70 % des revenus de l’industrie minérale de Yougoslavie. Le vieillissement des installations d’extraction et de traitement ajouté aux événements dramatiques des années 90 eut raison de la prospérité du site industriel et minier. Pour davantage de détails sur l’histoire et la géologie de la mine de Trepca, nous renvoyons le lecteur aux pages Web réalisées par Jean Féraud : Minerapole: Dossier 10-2005
Les informations qui précèdent ont été extraites de ces pages.
|
|
Un rapport actuellement sous la plume de Jean Féraud sera prochainement publié.
Cette visite met en évidence plusieurs urgences : - Sur le bâtiment abritant les collections : celui-ci est en très mauvais état, des réparations urgentes s’imposent mais la meilleure solution semblerait être le transfert des collections dans un bâtiment plus sain et mieux surveillé.
- Les collections : elles doivent faire d’urgence l’objet d’un inventaire et d’une remise en état.
- Nécessité de sensibiliser les autorités et les décideurs industriels, économiques et politiques du pays ainsi que le personnel de l’entreprise, à l’importance de cette collection qui pourrait un jour contribuer, par sa renommée et son attrait touristique potentiel, au redressement économique du pays.
Actions concrètes envisagées :- Création d’un collectif de soutien au musée de Trepca et mise en place d’un plan d’action (fin 2005).
- Création à Kosovo Mitrovica d’une structure relais destinée à concrétiser, sur le terrain, les actions engagées par le collectif de soutien.
- Présentation en partenariat avec la direction de la mine d’une exposition sur la mine et le musée avec appels de soutiens lors d’EURO MINERAL à Sainte-Marie en juin 2006 et lors des Mineralien Tage à Munich en octobre 2006.
Outre l’intérêt minéralogique de Trepça, il existe dans cette région des richesses naturelles, historiques et archéologiques considérables qui pourraient constituer un complément intéressant dans le cadre d’une valorisation plus globale de la région.
Une adresse Internet a été créée : musee-trepca@hotmail.fr, n’hésitez pas à nous contacter et à nous faire part de votre soutien.
Les personnes intéressées ou désirant apporter leur soutien à notre action, peuvent télécharger ici la brochure complètes de 54 pages rédigée par Jean FERAUD
Pour télécharger cette brochure au format adobe pdf, cliquez avec le bouton droit de la souris sur l'icone ci-dessous puis choisissez l'option "Enregistrer la cible sous..." (Internet Explorer).
Le musée de la mine de Trepca, situation, urgences et perspectives
|
| Les participants de la mission pour Trepca : Joël Balazuc, ingénieur, minéralogiste amateur attaché au MNHN, Jean Féraud, géologue, Carole Frima, géologue, Pierre-Christian Guiollard, photographe, historien des techniques, Benjamin Larderet, reporter photographe, Skender Plakolli, ancien ingénieur à la mine de Trepça, interprète, Jérôme Schwab, producteur audiovisuel, Michel Schwab, chef d’entreprise, minéralogiste amateur, Jocelyn Vendelv, officier supérieur du Génie |
|
Article et photos de Pierre-Christian GUIOLLARD parus également dans « Le Règne Minéral » n° 66 de Novembre-Décembre 2005. Numéro comprenant un intéressant compte rendu de la bourse de Munich ainsi qu'un article de Jesse Fischer sur le gisement de Fluorite des Pennines du Nord en Angleterre.
|
| |
   |
| Maj le 04.07.2007 |
|
|
|