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Dossiers - Minéralogie des Alpes française - Mythe et fascination
par Frédéric DELPORTE
E-mail : delporte.frederic@wanadoo.fr


Ce texte est extrait du catalogue de la 41ème exposition-bourse de Minéraux, Gemmes et fossiles de Sainte-Marie aux Mines 2004

Depuis des temps immémoriaux, les « cristaux » ont été recherchés dans les Alpes. Vers 300 avant Jésus-Christ, Théophraste, disciple d'Aristote, évoque dans son "Peri lithon", ouvrage sur "les roches" au sens large, notamment le quartz et quelques unes de ses utilisations courantes, comme la réalisation de sceaux. Les gisements des Alpes étaient une des sources majeures de cette matière première pour l’artisan. Dans son "Histoire Naturelle", Pline l'Ancien, au premier siècle après Jésus-Christ, signale quelques gisements de quartz, «on estime fort celui provenant des montagnes des Alpes» affirme t-il.
FLUORITE
Hauteur : 8 cm
Chamonix, Haute-Savoie, France
Coll. E.Asselborn
Photo : Jeffrey Scovil ©

FLUORITE
Hauteur 8 cm
Chamonix, Haute-Savoie, France
Coll. E.Asselborn
Photo : Jeff Scovil ©
Une « promenade » à travers les principaux sites est ici proposée, en s’attardant tout particulièrement sur les sites sources de spécimens parmi les meilleurs au monde pour une espèce minérale, ou au riche passé historique.

En haute vallée du Var, dans les gorges de Daluis, les anciennes mines du dôme de Barrot ont produit une exceptionnelle minéralogie. En effet, pas moins de six espèces nouvelles depuis moins de 10 ans ont été identifiées. De plus, de très beaux spécimens de cuivre natif y ont été découverts, notamment lors de l'activité minière de la fin du XIXème siècle, plus particulièrement aux indices de Roua.

Dans les Alpes de Haute-Provence, à Saint-Pons, d'importantes lentilles de sidérite contenues dans des marnes callovo-oxfordiennes contiennent une minéralisation sulfurée. Vers la fin des années 1980, de fabuleuses découvertes de rares sulfosels de plomb et de cuivre ont été faites. Les meilleurs spécimens connus de chalcostibite sont découverts, de même que de très bons spécimens de zinkénite et dadsonite, Saint-Pons étant la cinquième référence mondiale pour l'espèce (pour ces deux espèces deux à trois autres gisements peuvent faire jeux égal en terme de qualité). Plus classique, la paragénèse comprend également de la bournonite, de la boulangérite et de la tétraédrite.
FLUORITE &QUARTZ
Jusqu'à 2 cm
Pointe Kurz, Argentiere, Chamonix, Haute-Savoie, France
Coll. E.Asselborn
Photo : Jeffrey Scovil ©

FLUORITE & QUARTZ
Jusqu'à 2 cm
Pointe Kurz, Argentiere, Chamonix, Haute- Savoie, France
Coll. Eric Asselborn
Photo : Jeffrey Scovil ©
Vers Allos, au sud de Barcelonnette, dans les Alpes de Haute-Provence, plus particulièrement dans la haute vallée du Verdon, les terrains sédimentaires préalpins (souvent crétacé inférieur à oligocène), souvent des flyschs, recèlent de bonnes surprises : dans les fissures des calcaires, des grès et des marnes, de splendides et parfois volumineux quartz « fenêtres » à inclusions d’hydrocarbure. L’ouverture des fentes est de l’ordre de quelques centimètres, et exéde rarement les dix centimètres.
Ce type de cristallisation se retrouvent en Isère vers Grenoble, notamment à Pontchara, en Haute-Savoie dans le massif des Aravis et les falaises du désert du Platé, ou encore en Suisse dans le val d’Illiez.

Aux mines de « charbon » de La Mure, aujourd’hui fermées, à la fin des années 1970, les travaux ont recoupé des fissures « alpines » riches en minéralisation. Notamment, de fantastiques spécimens de sphalérite souvent rouge vif, de bournonite (2/3 cm, généralement d’un beau noir brillant), de tétraédrite (record à environ 5/6 cm d’arêtes), de sidérite miel à blonde, parfois aux reflets verdâtres, de grandes dimensions, en lamelle ou rhomboèdre, de boulangérite, de dolomite (jusqu’à 7/8 cm d’arêtes) ont été sorti par les mineurs et acquis avec vivacité par les collectionneurs privés et parfois publics. Malheureusement, la plupart des minéralisations n’ont pu être prélevées, celles-ci gisent à jamais aux tréfonds de la terre, nul n’en profitera jamais, l’exploitant minier n’ayant pas jugé utile d’organiser une collecte rationnelle (ce qui se fait dans de nombreuses mines de part le monde, sauf en France !).
ILMENITE
Largeur 2 cm
Plan du Lac, St. Christophe en Oisans, Isère, France
Coll. E.Asselborn
Photo : Jeffrey Scovil ©

ILMENITE
Largeur 2 cm
Plan du Lac, St. Christophe en Oisans, Isère, France
Coll. E.Asselborn
Photo : Jeffrey Scovil ©
L'Oisans, en Isère est depuis la fin du XVIIIème siècle un paradis pour les minéralogistes. De nombreux gisements s'y trouvent et produisent des spécimens remarquables.
Citons la mine d'or de La Gardette, exploitée dès 1781, qui n'a jamais produit beaucoup d'or mais qui, par contre, a produit de fantastiques spécimens de quartz, parmi les meilleurs au monde. Les cristaux de quartz sont parfois maclés à 84°33, en macle dite de La Gardette. Cette macle a été décrite pour la première fois à partir de spécimens de cette mine par Weiss en 1829, puis réétudiée par Des Cloizeaux vers la fin du XIXème siècle. Cette mine a produit également de gros cristaux de chalcopyrite, de la brannérite, de l'aïkinite, de la sidérite, des spécimens d'or, etc.
A La Gardette, des travaux sont effectués vers 1990, l’objectif étant d’ouvrir une faille dans le secteur dit du « grand puit ». Il faudra plusieurs mois de préparation pour réunir les hommes et le matériel, puis effectuer la montée de celui-ci à dos d’homme. Le dépilement du « grand puit » commence par les deux côtés début janvier 1990. Le filon y est rectiligne sur plusieurs mètres et se révélera sans poche, puis une fissure importante sans glaise est enfin rencontrée. Une des premières découvertes fut une belle macle. Puis il se présentait une pièce flottante de grande taille (au moins un mètre de diamètre), totalement recouverte de cristaux, un buisson de pointes de quartz limpide ! Cette pièce trône dans une vitrine particulière au musée de Bourg d’Oisans, qui en a fait l’acquisition, avec une importante série de spécimens de cette découverte. Une découverte plus importante en nombre de spécimens se fit de l’autre coté du puit, plus bas. La fissure vidée fit 7/8 mètres de longueur et se trouvait 17 mètres plus bas que le point de départ. Beaucoup de spécimens étaient tombés au fond de la fissure, détaché naturellement des parois (par les mouvements tectoniques lors de la fin de formation de la fissure), très abîmés par la chute, au milieu d’une importante quantité d’aiguilles de quartz.
Une autre mine historique d'Oisans est la mine des Challanches, exploitée à partir de 1767 jusqu'à la fin du XVIIIème siècle. Dix tonnes d'argent y ont été extraites, ce qui somme toute en fait un petit gisement, mais le minerai y était concentré et donc l'exploitation fut très rentable. Environ soixante espèces de minéraux y ont été découvertes. Un oxyde d'antimoine y a été identifié pour la première fois en 1783 par Mongez et nommé valentinite, ainsi qu'une association particulière de deux substances : un minéral, le stibarsen (AsSb hexagonal) et un élément natif, l'antimoine. Cette association est nommée allemontite, d'après le village d'Allemond dans la vallée.
FERROAXINITE
Hauteur 4.4 cm
Bachaboulou, Chamrousse, Isére, France
Coll. E.Asselborn
Photo : Jeffrey Scovil ©

FERROAXINITE
Hauteur 4.4 cm
Bachaboulou, Chamrousse, Isére, France
Coll. E.Asselborn
Photo : Jeffrey Scovil ©
D'autres gisements en Oisans ont été la source de premières descriptions. Citons la découverte de l'épidote au Cornillon en 1782, celle de l'axinite vers 1780/81 à la Balme d'Auris, de l'anatase en 1783, remarqué par De Bournon au filon de Font-Poulain, commune de Maronne, également co-localité type avec Chamonix pour la titanite décrite par Pictet en 1787, de la brookite au Plan du Lac, co-localité type avec un gisement du Royaume Uni, Tremadog.
On ne peut oublier en Oisans les remarquables spécimens de préhnite de la Rivoire (Mont de Lans) et de la combe de la Selle. Romé de l'Isle décrit la préhnite en 1783 suite à une découverte de De Bournon, et Haüy dans sa "Minéralogie ", publiée en 1801, évoque les spécimens découverts par Schreiber à la Rivoire en 1782. La préhnite est associée à l’actinolite, cette dernière l’englobe d’ailleurs très souvent et qu’il faut « brosser » les spécimens pour laisser apparaître la préhnite, parfois également à l’épidote, généralement ici vert très clair à jaunâtre, à l’adulaire, et curieusement à des inclusions massives de galène dans la gangue amphibolitique. Les meilleurs spécimens de ce site ont leur place dans le « best off » de la minéralogie mondiale, par leur forme caractéristique et si particulière, et leur excellente couleur. En 1988, le gisement du Rocher d’Armentier, autre lieu mythique de la minéralogie, est redécouvert notamment par Roland Chincholle et ses coéquipiers.
AXINITE
Largeur 5.8 cm
Le Bourg d'Oisans, Isére, France
Coll. E.Asselborn
Photo : Jeffrey Scovil ©

AXINITE
Largeur 5.8 cm
Le Bourg d'Oisans, Isére, France
Coll. E.Asselborn
Photo : Jeffrey Scovil ©
Ils vont exploiter le gisement avec des conceptions modernes quant à la collecte : ne sortir que des spécimens parfaitement intacts. Une galerie d’une trentaine de mètre fut creusé dans la roche mère, l’amphibolite, qui, fissurée à cet endroit, à permis aux cristaux d’axinite de se former. L’utilisation de moyens mécaniques (perforateur) et d’explosif (micro-charges) fut indispensable pour révéler au grand jour les merveilleux cristaux. Ceux-ci sont maintenant en sécurités et visibles aussi bien dans de nombreuses collections publiques que dans de multiples collections privées.
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Maj le 04.07.2007