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Dossiers - Le négoce de spécimens minéralogiques
par Frédéric DELPORTE
E-mail : delporte.frederic@wanadoo.fr


Le XIXème siècle
L'événement qu'a représenté dans l'imaginaire de la population de l'Oisans (Isère) l'exploitation d'une mine d'or a induit une fouille frénétique des montagnes. Cette prospection se faisait depuis des temps immémoriaux afin de découvrir des cristaux de quartz. Cette intense activité permit la découverte de nombreux nouveaux minéraux. En effet, certains comme Schreiber enseignèrent qu'il y avait plus et plus sûrement à gagner en cherchant et en vendant des spécimens pour les " cabinets " qu'en fantasmant sur une hypothétique mine d'or.
A la fin du 18ème siècle, Alfred Lacroix fut professeur au muséum de Paris et conservateur de la collection de minéralogie. Il fréquenta assidûment ainsi que le minéralogiste Groth un prospecteur en spécimens de cabinet, Napoléon Albertazzo. Celui-ci passa sa vie à chercher et à vendre des minéraux. Lacroix se réfère abondamment à ce personnage et à ses découvertes dans sa " Minéralogie de la France ". Il lui a rendu de nombreuses visites et a pu bénéficier d'excursions minéralogiques guidées, ainsi que de nombreux dons.
Un cas historique majeur d'exploitation d'un gisement pour l'exploitation commerciale de ses spécimens minéralogiques est celui des tourmalines de l'île d'Elbe. La première prospection fut faite au mont Capanne en 1825 par le lieutenant Giovanni Ammannati. Après sa découverte de la fameuse veine de pegmatite de la " Grotta d'Oggi ", il en acheta le terrain et l'exploita pour les spécimens de cabinet. Un autre militaire, le capitaine Pisani exploita la veine dite " Speranza " près de San Pierro in Campo. Le Natural History British Museum possède de nombreux spécimens de ces découvertes.
Ainsi, à partir d'un négoce de " matières premières ", soit pour des utilisations pratiques (obtention de métaux, usage médicinal, ...), soit pour l'art et la bijouterie, s'est individualisé et développé un commerce pour les spécimens minéralogiques. D'innombrables spécimens ont pu être préservés par l'intérêt que suscite leur beauté et par la passion des naturalistes.

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L'empereur Françis I d'Autriche, examine des minéraux en compagnie de Tohann von Baillou initiateur et conservateur de la collection..
Après ces quelques données historiques, quelques faits plus modernes illustrent le négoce de spécimens minéralogiques dans le temps et le monde.

Tsumeb, un des sites minéralogiques les plus fameux qui soit ...
A la fin du 19ème siècle, la Namibie, au sud-ouest de l'Afrique, est une colonie allemande. Tsumeb, ville minière du nord du pays, va prendre une importance considérable. Le premier spécimen connu de Tsumeb est daté de 1860, il s'agit d'un morceau de minerai riche en cuprite. Le spécimen porte encore son label d'origine, indiquant comme origine une baie, celle de Walfish, où se trouvait un port. Le nom de " tsumeb " fut crée bien plus tard et à cette époque seuls d'aventureux explorateurs parcourent le pays. Ils ramassent bien sûr tout ce qui peut ressembler à un début d'eldorado, soit tous les échantillons de minerais qu'ils trouvent. Un colossal gisement métallifère est découvert ainsi en cette fin du 19ème siècle et restera en exploitation jusque la fin du 20ème siècle. L'université de Berlin reçoit dès 1887 un premier lot de minerai à analyser. L'Académie de Freiberg, une des plus anciennes écoles des mines d'Europe et des plus fameuses, reçoit également des lots de minerai. Elle doit les analyser en vue de déterminer le meilleur traitement possible pour l'extraction des métaux. D'un lot de 400 tonnes de minerai, le directeur Wilhelm Maucher extrait une tonne de spécimens minéralogiques, plus ou moins intéressants, le voyage en bateau n'ayant pas été des plus doux. Maucher quittera son poste pour s'installer négociant de minéraux, et il devint l'un des meilleurs de son temps. Le " dépôt minéralogique " de l'Académie de Freiberg a pour instruction de vendre les spécimens minéralogiques qui ne sont pas requis pour les collections et d'utiliser cet argent pour en acheter d'autres.

De très nombreux cadres de la mine devinrent des collectionneurs acharnés, tel Wilheln Thometzek, directeur général, Friedrich Kegel, directeur général, ou encore l'intendant Klein. Sam Gordon, négociant américain, se rend en 1929 à Tsumeb dans le seul but de s'approvisionner à la source. Le directeur de la mine étant absent, il obtient difficilement l'autorisation de pouvoir descendre dans la mine et y collecter. Cela deviendra possible grâce à l'intendant Klein, qui le guidera, accompagné du contremaître Keller. Un des problèmes posés par la demande de Gordon est surtout le fait que tous les spécimens intéressants découverts sont promis par avance au négociant Wilhelm Maucher de Munich.
Et l'inimaginable survint, alors que la visite se fait à un endroit peu favorable, fait bien sûr voulu par Klein et Keller, Gordon découvre la plus fantastique poche à azurite de tous les temps !!! Certains des spécimens sortis alors restent aujourd'hui les meilleurs connus. Les choses ensuite vont quelque peu se compliquer, notamment avec le retour du directeur Kegel, passionné par la collection. Au terme d'un entretien des plus tendus, Gordon accepte de donner la moitié de ce qu'il a de la découverte à Kegel, n'ayant de toute façon pas trop le choix, une confiscation de la totalité de sa part étant une menace sérieuse... Gordon restera un bon moment à Tsumeb, nouant des contacts avec les mineurs et leur achetant de nombreux spécimens. Il repartira pour les USA avec douze conteneurs de deux cent cinquante kilogrammes de minéraux !!!

La majeure partie des spécimens de Gordon fut achetée par le grand collectionneur américain Vaux, qui fit don de sa collection à l'Académie des Sciences de Philadelphie. La collection Kegel partit pour la Smithionian Institution à Washington en 1949. Elle se composait de 920 spécimens d'un poids total de 1,5 tonne. La collection Keller fut achetée en 1957 par le muséum de Berlin qui récupéra ainsi 1725 spécimens majeurs de Tsumeb. La collection Klein fut achetée par le musée d'Harvard, celle de Thometzek le fut par le muséum de Berlin en 1936.

La collecte de spécimens à Tsumeb se faisait également dans une perspective de " complémentaire retraite "... Par exemple, Peter Euteneuer, mineur originaire de Herdorf, retourne en 1921 chez lui après sept années passées à Tsumeb avec pour ces vieux jours 7.OOO marks d'économie, et une collection de minéraux, qu'il vendit dès son retour 25.OOO Marks.

Dès leur découverte, les spécimens de Tsumeb ont été très recherchés. Deux négociants dominent alors le marché : Wilhem Maucher de Munich, et le Dr F. Krantz de Bonn. D'importants collectionneurs dépensent des fortunes en acquisitions minéralogiques. Un spécimen de pseudomorphose de malachite après azurite fut acheté 5OOO Goldmarks, une maison pouvant à l'époque être construite pour 300 Goldmarks !!! Richard Baldauf constitua une collection estimée à un million de Goldmarks en 1929, collection qui est au musée de Dresde de nos jours.
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Maj le 04.07.2007