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| Dossiers - Le négoce de spécimens minéralogiques |
par Frédéric DELPORTE E-mail : delporte.frederic@wanadoo.fr
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Au dix-septième siècle, le collectionneur compulsif que fut Rodolphe II de Habsbourg, roi de Hongrie, roi de Bohème, puis empereur du Saint Empire germanique en 1576, est à signaler. Il fut passionné jusqu'à la limite de la folie par ses collections qu'il voulut exhaustive en ce qui concerne les productions de la nature et des hommes.
Pour l'Histoire Naturelle et les minéraux, il s'attribua les services d'un humaniste, homme de sciences, médecin et physicien, Anselme Boëtius de Boodt. Celui-ci publiera à partir de son travail sur la collection de Rodolphe II le livre majeur en minéralogie et gemmologie du 17ème siècle, le & quot; gemmarum et lapidum historia ", publié en 1609, et qui sera un des livres de chevet de Haüy à la fin du 18ème siècle.
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Rodolphe II ordonna la prospection systématique des gisements. En 1589, une importante patente publique demande aux sociétés minières d'envoyer toutes les pierres précieuses et semi-précieuses de Bohème à la chambre de Bohème Tchèque. Il accorde des privilèges pour la prospection de cristaux précieux à un certain Mathias Krätsch en 1590. Vers 1600, de nouveaux prospecteurs apparaissent pourvus de " lettres " autorisant la prospection dans les propriétés de l'Eglise et des féodaux. Rodolphe II aménage en 1578 un palais à Prague pour exposer ses collections de " Naturalia " et d'objets d'art, en plus de celles exposées à Munich et Ambras.
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| Vue partielle de la salle de collection de Ole Worm à Copenhague (17ème siècle) |
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Le XVIIIème siècle, siècle des " lumières " Au 18ème siècle, un important réseau de prospecteurs et de commerçants alimente les collections privées puis les collections publiques qui apparaissent peu à peu. En Grande-Bretagne, Hans Sloane (1660-1753), mythique inventeur du chocolat au lait, constitue une très importante collection. Très actif, il achète en 1702 la collection de WillIam Courten de 10.000 spécimens qui étaient jusque là présentés au public dans son musée privé à Londres. Un de ses agents mandatés pour l'approvisionner achète en 1711 à Leiden la collection du Dr Hermann. A sa mort, sa collection est vendue à l'état, de même qu'une bibliothèque de 46.000 livres. L'état Britannique s'en servira comme fond pour créer le British Museum qui sera ouvert en 1759. Le British Museum vendra aux enchères une partie de la collection Sloane en 1803, soit 2000 spécimens " en double ", et 1700 autres en 1816. Une autre figure majeure de la minéralogie britannique fut le comte de Bute (1713-1792) qui réunira une collection de 100.000 spécimens. James Smithon (1765-1829) légua au gouvernement des USA une somme colossale, soit 105 sacs de 1000 souverains en or, avec comme instruction testamentaire la création d'une institution, notamment destinée à accueillir sa collection de minéraux qu'il légua également. Le congrès américain votera en 1846 la création de la " Smithonnian Institution " à Washington. Le gouvernement du Portugal acheta la collection Karl Pabst Von Ohain (1718-1784), mentor de Werner, père de la géologie moderne, et l'enverra à l'université de Rio de Janeiro, Brésil.
Ces quelques exemples montrent l'importance des collections au dix-huitième siècle dans toute l'Europe et laissent entrevoir la formidable mobilisation nécessaire pour les constituer.
Outre la France et le Saint Empire germanique, la Grande-Bretagne fut très marquée par la passion pour les spécimens minéralogiques dès le dix-septième siècle. On possède de nombreux écrits, livres, notes, courriers sur le négoce, les collectionneurs, les collections, notamment en Cornwall, Devon, Cumbria.
Un des plus importants collectionneurs britanniques, Philip Rashleigh (1729-1811), affirma en son temps : " les étrangers viennent dans le comté (Cornwall) aujourd'hui, et lorsqu'ils voient un spécimen qui leur apparaît joli, ils en donnent une forte somme, et les négociants ensuite pensent que toutes les choses qu'ils se procurent sont inestimables ".
Les affres de la passion pour les minéraux d'un ami de Rashleigh, John Hawkins, sont pris au vif dans une lettre qu'il lui adresse en 1802 : " Je n'ai ajouté à peine quoique ce soit qui vaille la peine d'être mentionné dans ma propre collection. Suite à cette vérité, mes moyens maintenant que je suis un homme marié ne sont pas à la hauteur. Le prix de fait des spécimens de qualité est devenu si énorme et j'ai maintenant tant de dépenses qu'ils sont honnêtement hors de ma portée ". Ce à quoi Rashleigh répondit dans une lettre du 01/11/1802 : " le coût pour se procurer des spécimens a augmenté de manière si extravagante que si ma collection n'était pas si importante aujourd'hui, je ne pourrais pas commencer maintenant ". " Les choses ne changent guère " est la deuxième loi mineure de Desautels. Il ajoutait " depuis 1933, tous ceux que j'ai côtoyés se sont plaints du prix élevé des spécimens minéralogiques...". La collection de Hawkin fut dispersée en 1905 à Londres, le principal acheteur de la vente fut le négociant Allemand Krantz de Bonn.
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| Maj le 04.07.2007 |
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