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| Dossiers - Le négoce de spécimens minéralogiques |
par Frédéric DELPORTE E-mail : delporte.frederic@wanadoo.fr
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Les gisements de quartz des Alpes sont systématiquement exploités de manière intensive, plus particulièrement en Suisse. Un document de 1583 atteste que lorsque les habitants de Medels vendirent " l'alpe de Cristallina " au couvent de Disentis, ils se réservèrent le droit de continuer à exploiter les cristaux. En 1719, au Zinggenstock, les cristalliers de la " Zinggische Societet " exploitèrent une cavité d'où furent sorties 50 tonnes de " Mailänderware ", cristaux de quartz de la meilleure qualité, nommés ainsi car travaillés par les artistes de Milan. Suite à cette découverte, la société demanda à payer ses impôts en nature, ce que Leurs Excellences de Berne acceptèrent... C'est ainsi que notamment trois grands cristaux furent présentés dans la bibliothèque de la ville, puis au musée d'Histoire Naturelle lors de sa création, les " impôts " des anciens cristalliers constituant la base de la collection minéralogique. Dans les Alpes aujourd'hui françaises, la recherche est tout autant organisée et conséquente. En Savoie, à Doucy, une concession est exploitée vers la fin du 17ème siècle. Des contrats datés de 1698 nous donnent les conditions d'exploitation et l'organisation de celle-ci, de même que le prix d'achat au poids des cristaux de quartz.
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Le prix est fixé par quintal de 120 livres, soit par lot de 66 kilogrammes environ, ce qui donne une idée de l'importance des quantités extraites. Ces cristaux sont exclusivement destinés aux tailleries, notamment celles de Suisse et des Etats d'Italie. En 1753, Micoud obtient le privilège exclusif de recherche et d'exploitation du quartz dans les Grandes Rousses, en Isère, le produit de l'exploitation étant vendu à un orfèvre de Briançon pour être taillé.
Après Pline, seuls les alchimistes étudieront les minéraux, et cela au travers d'une démarche non scientifique, sans pour autant s'intéresser à l'objet, au spécimen, en lui-même. On ne connaît pas d'intérêt pour l'étude " scientifique " des minéraux ou pour leur esthétique propre avant la Renaissance.
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| Salle de collection de Francesco Calzolari. Les spécimens minéralogiques sont conservés dans des tiroirs
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La Renaissance, XVIème siècle, et le XVIIème siècle La constitution de collections de minéraux et la création de vastes réseaux spécifiques d'échanges pour les approvisionner sont apparus au début du 16ème siècle. En effet, ce n'est qu'à la Renaissance qu'une démarche naturaliste se crée. Les documents de cette époque sont rares, le " Bermannus " d'Agricola, 1530, préfacé par Erasme, nous décrit la première collecte de spécimens de minéraux pour l'enrichissement d'une collection. L'usage médicinal de nombreuses substances minérales induit de nombreuses réflexions et études que l'on peut qualifier de protomédecine car dépouillées de toute superstition. En 1546, Agricola publie son " De Natura Fossilium libri decem " qui est un des premiers traités de minéralogie systématique. Agricola remercie dans cet ouvrage les " gens instruits, les négociants et les mineurs qui ont été d'une grande assistance ". A cette époque, " fossilium ", du verbe latin au passé fodere, soit déterrer, s'appliquait à tout objet naturel sorti de terre, comprit donc les minéraux, les roches et les fossiles au sens moderne du terme. Agricola rompit avec le mode de pensée du Moyen-Age encore présent en son temps et illustré par les travaux de Léonard de Vinci dans le codex Leicester.
De nombreux intellectuels de la Renaissance, des médecins, des hommes de lois ou de pouvoir s'intéressent aux curiosités minérales de la nature, les " cabinets " d'Histoire Naturelle apparaissent dans toute l'Europe. Ils pratiquent de nombreux échanges entre eux et se fournissent aux sources, auprès des mines en particulier. Il leur suffit de faire connaître leur intérêt pour les spécimens curieux de minerais et des propositions affluent des mineurs et des responsables de mines pour peu que quelques générosités soient au rendez-vous... Il paraît probable que les colporteurs, corporation très importante en ces temps, aient contribué à la circulation des spécimens minéralogiques, et cela dans toute l'Europe. Les marins et les aventuriers étaient également informés de la possibilité de gagner quelque argent en découvrant et ramenant les curiosités produites par la terre.
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| Maj le 04.07.2007 |
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