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Dossiers - Savoir collectionner pour une collection de minéraux raisonnée et raisonnable
par Jean-Marie PENDEVILLE


LES BOURSES MINERALOGIQUES

Histoire de détendre l'atmosphère, allons faire une incursion en bourse, dans l'une de ces foires aux cailloux qui fleurissent des deux côtés de l'océan dans les grandes métropoles aussi bien que dans les petites villes de province !
Selon leur implantation, elles ont une vocation mondiale (Tucson, Munich, Sainte-Marie-aux-Mines, Tokyo, Lyon, Liège, Paris, etc…) ou une spécificité locale (Millau, Chamonix, Montigny-le-Tilleul, Saint-Pierre-la-Palud, Turin, Barcelone, Tisnov, etc…). Qui veut voir des minéraux des cinq continents doit fréquenter les premières, qui veut trouver plus spécialement ceux de tel ou tel pays ou région doit visiter les secondes, nous avons l'embarras du choix :
120 bourses sont annoncées par Le Règne Minéral pour les 12 mois à venir, rien que pour la France. 24 se tiendront en République Tchèque/Slovaque et l'on en prévoit 23, pas moins en Belgique. Dans cet ordre de fréquence, imaginez combien il peut en exister aussi en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, en Italie, dans les autres pays de l'Est ou aux USA.
Je me refuse à établir un palmarès. A chacun de se faire une idée personnelle, selon ses propres motivations ou affinités.
C'est un monde à découvrir. Animé, intéressant, chaleureux qui permet des acquisitions inespérées, des contacts fructueux et, avant tout, de joyeuses retrouvailles dans l'exaltation de ceux qui partagent le même hobby.
C'est un lieu d'initiation où s'éduque l'œil, où l'esprit critique s'aiguise, où les connaissances s'affermissent.
Où voir les découvertes récentes, déposées devant soi comme par la dernière marée, où espérer aborder les grands collectionneurs, souvent si farouches, ou les spécialistes, ou les scientifiques, souvent si lointains, sinon en bourse ?
Quelques grincheux les boudent. A leurs yeux, elles ne seraient que l'étal des vanités ou la face impure de la minéralogie, viciée par l'appât du gain. Cette vision réductrice fait sourire mais, objectivement, le mouvement d'humeur s'explique.
En effet, trop de bourses ressemblent davantage à des souks qu'à des manifestations culturelles et leur multiplication, dans les petites localités, dessert la cause de la Minéralogie par la confusion qu'elle installe, dans l'esprit du public, entre la vente des minéraux et la vente d'horloges, d'œufs, de bijoux, de cendriers et de "cacailles" en pierre polie.
Le "schmuck", ainsi qu'on l'appelle, (la bijouterie de fantaisie, les objets de décoration), caricature grossière de la minéralogie, pose problème. C'est un fait !
Les grandes bourses elles-mêmes se voient contaminées : Paris, Munich où 70 % de stands, paraît-il, sacrifiaient cette année à la mode… Les organisateurs sérieux luttent contre l'envahissement en limitant celui-ci à un pourcentage précis de mètres d'exposition. Mais beaucoup l'acceptent sans conditions car il attire la foule des badauds et permet de rentabiliser l'organisation de la bourse.



Il ne reste qu'à se résigner car une exposition-vente consacrée aux seuls minéraux n'attirerait qu'un public de spécialistes, forcément limité et l'on a constaté, hélas ! que la race des collectionneurs ne se reproduit plus aussi vite qu'autrefois.
Et puis, entre nous, voudriez-vous que le beau sexe déserte nos bourses ? Nous y perdrions en beauté et en gaîté. Et, privé de colifichets, bagues, colliers, pendentifs à prix abordables, qui sait ce à quoi il rêverait ?
A la dernière bourse d'Anvers, en juin 98, dans la partie haute du Handelbeurs, je ne distinguais dans l'enfilade des tables rangée après rangée, que du "schmuck". Omniprésent, rutilant, aguicheur, en bons termes avec le fossile, surabondant lui aussi, il écrasait de toute sa superbe le pauvre minéral égaré, ébahi de se retrouver en compagnie si futile. Je me sentais un peu interloqué à mon tour. Grâce au ciel, il y avait l'atmosphère conviviale, et la bière "de Koning" qui coulait généreuse. Et je compris pourquoi chaque bourse belge avait sa cuvée, à Liège la "Ciney", à Bruxelles la "Silly", à Anvers la "de Koning", à Arlon la "Kriek"... cela rend bienveillant.
On veut me voir avouer quelles sont les bourses incontournables pour mieux ignorer les autres. Je ne céderai pas. Il ne m'appartient pas de décerner des étoiles. J'ai sélectionné les bourses qui me paraissent les plus plaisantes ou les plus intéressantes, mais à l'occasion, je ne dédaigne pas de retourner sonder les autres.
Une collection n'écarte aucune piste. Une collection ne progresse que dans la mesure où elle s'alimente à une multitude de sources. Une bourse, même classée modeste, peut offrir des surprises. La dernière récolte d'un creuseur local, l'opportunité d'un achat avantageux, les raretés d'une vieille collection. Le sceptique hausse les épaules ?
Je soutiens que le nerf d'une collection est la curiosité, une inébranlable, permanente et extravagante curiosité, qui ne néglige rien.

ERREURS SUR LA PERSONNE

La personne en question, façon de parler ! c'est la pierre. La pierre qui fascine et veut se faire passer pour ce qu'elle n'est pas. Bien sous tous rapports, semble-t-il, colorée, éclatante, exubérante, elle cache un vice, une tare, une maladie honteuse qui, très vite, trop tard, se découvrira, entre les mains de celui qu'elle aura séduit.
En clair, dans chaque bourse, il existe mille et une pierres vulnérables ou falsifiées et que seule l'expérience apprend à connaître. Le marchand, neuf fois sur dix, sait les faiblesses de sa marchandise, mais il n'est pratiquement jamais tenu de les déclarer et il ne s'y résoudra que s'il est honnête et amical.
Au départ il y a déjà ce trucage courant, menace permanente de toutes les expositions-ventes, et qui consiste à exposer les pierres sous un éclairage néochrome.
Celui-ci, facilement repérable par ses ampoules rosées, triche sur les couleurs en accentuant, en magnifiant celles-ci de façon très convaincante. Ainsi voit-on l'azurite gagner un bleu plus profond ou la calcite rose presque s'empourprer. On se croirait dans une boucherie douteuse ou dans une petite rue interlope où la fraîcheur et la carnation des viandes sont trafiquées par le néon rouge !
Tout échantillon présenté sous lampes néo-chrome doit, impérativement, montrer ses vraies couleurs dans la lumière ambiante ou, mieux encore, face au jour. Le vendeur, malgré les risques encourus, doit pouvoir le permettre. La question de l'éclairage d'une collection, hautement technique, est si déterminante pour la mise en valeur qu'il serait absurde qu'à l'achat, déjà, une pierre soit dénaturée par une couleur artificielle.
Tout échantillon, même présenté sous lampes ordinaires, gagne d'ailleurs à être inspecté à la clarté naturelle car l'éclairage intensif peut aussi avoir comme effet de camoufler des défauts. L'éclat aveuglant la brisure, l'éclat forçant une couleur cachée. Ce n'est pas pour rien que les bijoutiers exposent leurs gemmes sous des spots directionnels ultra-puissants. (un rubis sous halogène et un rubis au doigt dans la rue, c'est le jour et la nuit !)
La couleur des minéraux peut aussi se modifier d'elle-même par réaction naturelle, plus ou moins longue, à l'air et la lumière. Les minéraux qui réservent ce type de surprise sont bien connus des collectionneurs avisés, mais pas nécessairement des débutants.
La photosensibilité (sensibilité aux radiations lumineuses) a le malheur de décolorer ou d'opacifier quelques-unes des plus belles espèces minérales. Il est à craindre, presque toujours, que les minéraux tels que la proustite, le cinabre, la cuprite, la vanadinite, le réalgar, si prisés pour leur rouge vif ou profond, s'assombrissent ou changent de teinte (comme le dernier cité). Quant à la superbe vivianite au bleu-vert lumineux, elle est condamnée à devenir opaque et noirâtre.
Pis encore, sous l'action de l'humidité de l'air (la déliquescence), maintes espèces vont aller jusqu'à se désagréger. La marcasite dorée, pour ne citer quelle, se couvrira insensiblement d'une croûte blanchâtre qui, comme un chancre, l'attaquera en profondeur.
Enfin, "last but not least", il faut redouter que certains minéraux soient particulièrement solubles. La brochantite ou la chalcantite, si présentes sur nos bourses actuelles, se décomposent entièrement dans l'eau.
En conclusion, un minéral doit être bien connu, quant à ses propriétés et handicaps, afin de ne pas réserver de mauvaises surprises. Pour qu'il survive intact (ou presque !), il faut qu'il soit en mesure de résister aux attaques chimiques pernicieuses, sans oxydation, sans altération ou, alors, en dernier recours, qu'il soit conservé avec les précautions ad hoc. Dans l'obscurité ou sous cache protecteur. Voir une pièce se dégrader, c'est assister à une agonie. D'autant plus pénible que la pièce a été de qualité. Je pense à une creedite violette, complètement pâlie, ou à un minéral d'argent, peu à peu terni. La question de la fragilité des pierres et en connexité, de leur conservation, de leur maniement, de leur entretien, mériterait une exploration bien plus approfondie. Nous n'avons fait qu'effleurer le sujet. Beaucoup de choses restent encore peu connues, volontairement ou pas.
On apprend sans cesse. Je viens de me laisser dire que les jolies pallasites (météorites mixtes métal/minéral) avaient parfois un comportement bizarre, perdant leurs grains d'olivine sous l'action de l'oxydation de leur matrice de ferro-nickel. C'est un négociant qui me l'a appris. Je lui rends honneur.
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Maj le 02.10.2002