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| Dossiers - Savoir collectionner pour une collection de minéraux raisonnée et raisonnable |
par Jean-Marie PENDEVILLE 
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QUE COLLECTIONNER ?
Ceci dit, redescendons sur terre... et d'une manière plus pratique, reconsidérons certaines des idées qui viennent d'être émises. Revenons en premier lieu sur la notion de choix d'un type de collection ! Il s'avère indispensable de savoir choisir ses cailloux mais, tout autant, de se fixer sur une sorte de collection.
Souvent, capricieusement, le hasard se charge de donner l'impulsion initiale, le coup de foudre, le big bang émotionnel qui décide de telle ou telle orientation minéralogique. Par le biais de trouvailles fortuites, de voyages, de rencontres ou de dons, on se retrouve possesseur de quelques pierres de grand pouvoir, capables d'ouvrir l'appétit, de générer l'envie incontrôlable de collectionner. Cependant, assez vite, il faut se rendre à l'obligation de définir un cadre à ses projets, selon les possibilités d'acquisitions futures, en vertu des contingences : la localisation, la condition physique, les ressources financières...
Puis-je me limiter à une collection de minéraux alpins si je ne suis pas alpiniste ou du moins randonneur ? Puis-je me focaliser sur les tourmalines, béryls, chrysobéryls et autres pierres nobles si je ne suis pas millionnaire ? Ou tout simplement, puis-je concevoir une vaste collection si j'habite un appartement ?
Ces exemples extrêmes montrent clairement qu'il est inévitable de faire un choix et qu'il vaut mieux qu'il soit bon pour ne pas s'engager dans une impasse.
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QUELQUES TYPES DE COLLECTIONS
- La collection la plus courante - et certainement pas la moins respectable - est dite LOCALE. autrement dit constituée par les échantillons issus de l'espace proche, de la région ou du pays du collectionneur (qu'ils soient acquis par des prospections personnelles ou par d'autres voies).
Elle peut être centrée sur une région ou un pays étranger (le Katanga, les Alpes, le Laurium en Grèce, le Mont Saint-Hilaire au Canada, etc…) ou encore sur une mine ou un gîte particulier (Salsigne en France, Tsumeb en Namibie, Shinkolobwe au Congo, Clara en Allemagne, etc..).
- Un peu plus pointue est la collection THEMATIQUE, constituée de minéraux représentatifs d'une espèce: calcite, quartz, fluorine, barytine, etc… avec ou sans restrictions d'origines.
Ou d'un élément déterminé : le cuivre, le manganèse, l'or, pour ne citer que trois ressources très satisfaisantes.
Ou d'une classe: les silicates, les carbonates, les zéolites...
Ou d'un type très particulier: les minéraux fluorescents ou radioactifs.
Plus pointue encore, la collection de minéraux se distinguant par des formes cristallographiques spéciales comme la macle ou la pseudomorphose.
Ces diverses catégories relèvent de ce qui est appelé la SYSTEMATIQUE.
On dira donc par exemple que "l'on fait une systématique du cuivre" ou "une systématique de la fluorite".
A réserver ses efforts à ce type de collections, on devient facilement un spécialiste avec ce que cela sous-entend de satisfactions dans le domaine de l'initiation et avec tout le plaisir possible à partager dans le sous-groupe qui vit la même passion.

- Dans le même ordre d'idées, citons la collection de SYSTEMATIQUE GENERALE qui vise à rassembler le maximum d'échantillons d'espèces minérales différentes.
Sur environ 3800 espèces actuellement recensées, seules quelques personnes de par le monde se targuent d'avoir pu recueillir plus de 2000 espèces. Il faut reconnaître que cette manière de concevoir la collection relève de la boulimie et l'on pourra certainement préférer se choisir gastronome.
Une collection générale a un caractère monstrueux et décevant car, obligatoirement, elle doit presque toujours faire abstraction du critère esthétique, les minéraux agréables à l'œil étant en nombre restreint (300 tout au plus, paraît-il) ou ne pouvant être acquis sous leur plus belle forme, trop coûteuse. J'ai vu, une seule fois, une collection de cette sorte. Elle remplissait une maison du hall d'entrée aux divers étages. Elle était sans attrait. Elle a coûté fort cher. Ainsi trois poils d'un minéral signalé à trois exemplaires et venu du bout du monde valaient-ils une petite fortune.
Cette collection ancienne a eu une triste fin. Dispersée après tant d'efforts, désagrégée, elle est allée perdre son identité dans une multitude de petites collections tandis que sa part la plus précieuse s'en allait reposer à jamais au fin fond d'un musée - aux oubliettes. Vanitas vanitatum !
- Si l'on veut se distinguer, il est des moyens plus sages. Les collections originales ne manquent pas :
- la collection de METEORITES (à la mode mais coûteuse),
- la collection de SABLES du monde entier dont la dose "officielle" ou étalon équivaut 30-32 cm3, ce qui peut être contenu dans un tube plastique pour pellicule photographique. Leur variété de couleurs et de compositions minérales est infinie. Les collectionneurs de sables sont appelés "psammophiles" du grec psammos : sable et philos : ami. Ils ne sont pas si rares qu'on le croirait, puisqu'une société, qui a son propre journal, en regroupe 123 répartis dans 15 pays.
Libre à vous de trouver d'autres voies, mais sachez qu'il existe encore la collection qui met en parallèle les minéraux et leurs métaux, ou les gemmes brutes puis taillées. Vous pourriez même cantonner votre collection dans une couleur déterminée.
La dernière bourse de Munich (1998) a imaginé un show-exhibit sur les minéraux rouges, exclusivement ! proustites, kammérérites, rhodochrosites, cobaltocalcites, érythrites, rubellites, etc...
- J'arrive enfin à la collection CLASSIQUE en ses diverses variantes :
- celle de base, conçue par un bon collectionneur liégeois et telle que je l'ai retrouvée proposée dans un ancien bulletin de l'AGAB (Association des géologues amateurs de Belgique), se limite à une centaine de minéraux représentatifs des principales espèces, esthétiques, de prix abordable et qu'il est relativement aisé de rencontrer en bourse. Elle peut constituer un excellent noyau de départ ou un ensemble clos perfectible,
- celle plus large, plus libre, c'est-à-dire davantage soumise à l'éclectisme personnel, compte un nombre très variable d'échantillons et est donc plus composite. Elle peut s'avérer banale, estimable ou prestigieuse. Chacune reflète le savoir-faire ou la personnalité de son maître d'œuvre. Il n'en est pas deux semblables. Pour être remarquable, elle se doit d'être élaborée selon 3 critères qui tentent de se conjuguer :
beauté, perfection cristalline, rareté. (Nous reviendrons plus tard sur ces concepts).
- Celle qui est faite de petits ou très petits échantillons (dits "miniatures" ou "micromounts") réduit considérablement les problèmes de stockage et de coût d'approvisionnement (pour parler laidement en termes de marketing!). Ces échantillons, sélectionnés surtout pour leur qualité cristallographique, sont généralement rassemblés aussi d'après une idée directrice, dans la perspective systématique ou locale. On peut les trouver par prospections personnelles, dans les bourses d'échanges ou dans les bourses classiques, à des prix plus ou moins décents selon leur degré de rareté. Nous avons là la collection classique qui rencontre le plus de succès.
Trois types de collections me semblent plus spécialement recommandables, soit :
- la collection locale qui procure au collectionneur le plaisir intense et toujours répété de chercher et récolter lui-même ses propres échantillons, d'être ainsi, en quelque sorte, l'inventeur de sa collection tout en accomplissant une activité "sportive" autant qu'intellectuelle,
- la collection axée sur un type ou une classe de minéraux qui permet de pénétrer et maîtriser un aspect limité de la minéralogie en procurant les satisfactions de la spécialisation,
- la collection de petits échantillons, plus facile, moins onéreuse, plus pratique pour le rangement.
Par parenthèse, je reviens plus précisément sur les quatre dimensions-types de minéraux, codifiées par les Américains.
- les "cabinets pieces" ou pièces de vitrine d'exposition, grosses comme un ou deux poings ou plus volumineuses encore,
- les "miniatures" ou pièces de 4 ou 5 ou 7 cm de côté en moyenne,
- les "thumbnails" (de l'anglais "ongle du pouce") qui doivent tenir dans un cube d'un pouce de côté (2,5 cm) et dont les critères de sélection sont extrêmement rigoureux. Beaucoup de collections de thumbnails, outre-Atlantique, ne comportent qu'un nombre fini d'échantillons, cent par exemple,
- les "micromounts" (ou micromontures) qui, souvent sont infimes. Montés sur une aiguille dans une petite boîte en plastique ou en carton, ils sont destinés à être examinés à la loupe binoculaire.
Une collection de prestige ne devrait sans doute négliger aucune de ces catégories mais, raisonnablement, il apparaît que seuls les échantillons de petite taille (2, 3 et 4) peuvent être à la portée de la plupart des collectionneurs. Les problèmes d'encombrement et l'augmentation incessante du prix des minéraux ont conduit les collectionneurs yankees eux-mêmes à limiter leurs prétentions. Là-bas aussi les meilleures "cabinets pieces" ne sont plus accessibles qu'aux amateurs très fortunés ou aux musées. Les "cabinets pieces", certes, sont toujours les bienvenues car elles étonnent et semblent exceptionnelles mais il serait faux d'estimer qu'elles sont nécessairement spectaculaires. Certaines petites cristallisations ne sont pas plus appréciables parce qu'elles se trouvent sur de grandes plages. En maintes occasions, une pièce réduite (10 centimètres sur 10 centimètres par exemple) mettra autant en valeur la cristallisation qu'une pièce de grande taille (30 centimètres de côté). En débutant, j'ai beaucoup trop privilégié les gros échantillons, le critère dimension l'emportait sur le critère qualité, notamment en fin d'expédition minéralogique au Congo - Zaire, lorsque le moment était venu de partager à 2 ou 3 la récolte du jour. Précipitation goulue et imbécile dont je me suis vite guéri, heureusement! Pour ce qui regarde l'organisation d'une collection - je veux dire la présentation des pièces en vitrine - j'incline à penser que le calibrage, c'est-à-dire le choix plus ou moins constant d'échantillons de 7 à 10 cm de côté est le plus séduisant. Toutefois, la présence de quelques gros échantillons pourrait judicieusement rompre la monotonie de l'exposition.
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| Maj le 02.10.2002 |
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