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| Best of Photographers |
Louis Dominique BAYLE
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| Photo : Louis-Dominique BAYLE |
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La revue "Le Règne Minéral" est officiellement née le 1er janvier 1995, mais sa gestation est le fruit d'une longue histoire, issue d'une passion dévorante.
Dès mon plus jeune âge, les "cailloux" attirèrent mon attention, ils brillaient le long des chemins de campagne et sur les affleurements des nombreux reliefs montagneux de la Haute-Loire lors de nos promenades familiales. Sans savoir encore que cet intérêt durerait si longtemps en allant crescendo, je plongeais donc avec délice dans l'univers inconnu des sciences de la terre. Ainsi, dès l'âge de 8 ans, je ramassais souvent des quartz tantôt laiteux, tantôt fumés, que recelaient les filons de la commune de Monistrol-sur-Loire. Cette petite bourgade de 8000 âmes est située sur le granite du Velay à l'est du département de la Haute-Loire non loin du sillon houiller de Saint-Etienne. La destination des vacances estivales de 1975 était la ville d'Aigues-Mortes, fortifiée par Saint Louis. Point de minéraux dans cette région-ci, mais je fis la connaissance d'un jeune-homme, Jean-Didier Perrez (je n'ai su son nom que vingt années plus tard en le retrouvant par hasard
sur une exposition minéralogique), passionné par les fossiles. Cette année là, il avait installé dans un local de son père sa collection de fossiles, de nombreux touristes pouvaient ainsi visiter ce musée improvisé. Notre petit logement se trouvant à seulement quelques dizaines de mètres plus loin, dès le retour de la plage je faussais compagnie à mes parents pour plonger dans un monde vieux de plusieurs dizaines de millions d'années. Ainsi, je passais de longs moments à découvrir cet univers étrange et fascinant, ma passion avançait à grands pas. Jean-Didier répondait patiemment à mes interrogations de gamin et m'offrait, chaque jour, un petit trésor sous la forme de restes d'animaux, disparus depuis fort longtemps et
mystérieusement transformés en pierre par des mécanismes que je ne percevais pas clairement. Ainsi, je repartis à la fin des vacances avec une valise presque remplie de bivalves aux noms complexes et autres fragments d'oeufs de dinosaures. Durant ce mois, de villégiature j'ai moi même récolté quelques fossiles sur les plages du littoral, ressemblant à s'y méprendre à des
coquilles d'huîtres. Durant le voyage du retour, j'avais décidé de devenir moi aussi un grand chasseur de fossiles. Mais quelle ne fut pas ma désillusion, lorsqu'un ami de mon père m'expliqua que la Haute-Loire était principalement formée par
des volcans, fort nombreux d'ailleurs, et par des terrains granitiques. Mais les fossiles, je pouvais cependant en récolter dans le charbon du bassin houiller stéphanois. De ce fait, dès le lendemain, j'organisais une expédition dans le tas de boulets de coke de notre vieille voisine, en prétextant vouloir lui donner un coup de main pour remonter son charbon de
la cave, mais la désillusion fut rapide et à la hauteur de mon espérance, ces boulets de combustible n'étaient que l'agglomérat de brisures de charbon et de ce fait aucune fougère ni autre flore du stéphanien n'y étaient visibles ! Pourtant, je ne me décourageais pas. Quelques mois plus tard, alors que je commençais à oublier ce monde merveilleux des fossiles et des minéraux, pour reprendre des activités de mon âge (balade en vélo, et longue partie de gendarmes et de voleurs) mon père me proposa de l'accompagner à Langeac où il devait réaliser une expertise suite à un dégât des eaux
survenu chez un des pompiers de la cité. Cette après midi fut merveilleuse. Le pompier en question était un mineur de la mine de "spathfluor" de Marsanges-Barlet. Et, une des pièces qui avait subi ce dégât des eaux n'était ni plus ni moins qu'une caverne d'Ali Baba remplie du sol au plafond de fluorines, de barytines et de quartz, tous plus beaux les uns que les
autres. Devant cet amoncellement de cristallisations, je retrouvais ma flamme de chasseur de minéraux, cette fois-ci. Le mineur me fit cadeau de quelques spécimens de fluorine et de barytine. Comme pour mes premiers fossiles, ces premiers minéraux sont encore présents dans ma collection. Ils représentent tellement de souvenirs que je ne m'en séparerais pour rien au monde. De retour dans ma ville, je demandais à mon entourage s'il n'y avait pas de mines dans les environs de Monistrol, comme celles de Langeac et là une nouvelle désillusion m'attendait car les exploitations du spathfluor étaient
plus concentrées sur l'ouest du département, à plus de 80 kilomètres de mon domicile. La lecture d'un livre d'histoire sur Monistrol m'apprit que le comte Blumenstein avait exploité, il y a plus de deux siècles, deux concessions de plomb argentifère sur la commune. L'espoir revint aussitôt et je voulus donc voir ces mines de mes propres yeux. Mais avant de partir à leur découverte, il me fallait des renseignements et je cassais ma tirelire pour acheter deux guides de minéralogie. J'apprenais donc que le principal minerai du plomb était la galène et que les minéraux qui l'accompagnent
étaient de pures merveilles aux noms exotiques : pyromorphite, anglésite et cérusite. Dès le mercredi suivant je partais en vélo avec deux amis à la recherche du "Graal". La mine est distante de la ville de seulement trois kilomètres, bien vite parcourus. Nous voilà donc sur les haldes. Nous sortîmes des burins et des petits marteaux de nos sacs à dos et attaquâmes derechef des blocs de rocher qui, de temps à autres, nous livraient des cubes de galène inclus dans la gangue mais que nous brisions malencontreusement. Parfois, nous trouvions aussi, des mouchetures millimétriques, jaune d'or, que nous
déterminions grâce à nos deux livres comme étant de la chalcopyrite, puis quelques enduits verts et bleus auxquels nous attribuâmes les noms d'azurite et de malachite. Les promenades en ce lieu magique se répétaient dès que nos parents nous l'autorisaient et nous ramenions des trésors à chaque promenade. A cette époque nous avions certaines fois des conférences dans le cadre scolaire et deux d'entre elles contribuèrent à augmenter mon intérêt pour les sciences de la terre. L'une fut la présentation des phénomènes quartziques et la découverte du monde souterrain, une véritable féérie minérale à mes yeux. Ainsi, chaque fois que mes pérégrinations me font passer non loin d'un site ouvert au public, je plonge, avec un plaisir à
chaque fois renouvelé, dans les entrailles des massifs calcaires pour un voyage hors du temps. La seconde conférence fut dirigée par un des membres de l'équipe d'Haroun Tazieff et je découvris, aux travers d'images d'éruptions de l'Etna, la puissance de la nature et la petitesse de l'homme devant ces phénomènes naturels. Les volcans me fascinent encore aujourd'hui et je rêve d'assister, au moins une fois dans ma vie, à une éruption volcanique. (Avec mon épouse notre voyage de noce se déroula dans l'île de la Réunion avec le secret espoir d'assister à un de ces phénomènes, malheureusement il ne se produisit rien cette année là).
Deux années plus tard, mes études m'amenèrent dans un petit village du Jura, Mouchard, situé à proximité du vignoble d'Arbois. Mes découvertes se limitèrent, durant ces quatre années d'études, à de quelques fossiles, de nombreux nodules de pyrite et de marcasite et parfois de petites cavités remplies de calcite "dent de cochon". Mais, cependant, j'y fis une découverte importante : dès ma première sortie en ville, mes pas me menèrent à "La Civette" (maison de la presse du village) où je trouvais la revue "Le Monde & les Minéraux". Un abonnement fut souscrit quelques temps plus tard, et le rachat des anciens numéros s'effectua au fur et à mesure de l'évolution de mes économies. La lecture de cette revue et d'ouvrages généraux de minéralogie me fit rêver et fit que cette passion pour les sciences de la terre et plus particulièrement les minéraux ne me quitta plus. De retour en 1982 dans ma région natale, je m'inscrivais au Groupe
Géologique de la Haute-Loire avec lequel je participais à de nombreuses sorties et réunions, je fus même durant six années le trésorier, avant de redevenir un simple adhérent. Ainsi, j'y découvrais un homme à qui je dois beaucoup. Louis Durand m'apprit beaucoup de choses et me fit découvrir de manière approfondie ma région, il encra d'une manière définitive cette
passion et sans lui la revue n'aurait jamais existé. Malheureusement pour moi, il décédera brutalement début janvier 1994.
La revue "Le Monde & les Minéraux" avait disparu en septembre 1987, à mon grand regret, afin de garder le contact, je m'abonnais quelques mois plus tard à la revue américaine "The Minéralogical Record". Regrettant souvent la disparition de "Le Monde & les Minéraux", j'eus cependant une idée. Et plutôt que de maugréer contre ce fait, germait en moi le projet fou de créer une revue qui permettrait aux amateurs de minéralogie dont je fais partie de découvrir un peu mieux la minéralogie. Pour ce faire, je contactais un imprimeur de ma région car je désirais que cette publication soit réalisée dans le département, y étant très attaché. Dès le premier contact il tenta de me décourager, sachant que ce genre d'entreprise était très périlleux. Rien n'y fit, je continuais en silence à organiser ce projet. Prenant des contacts souvent infructueux, Louis Durand tenta de me dissuader, de peur que je ne "me casse la figure" tout comme la revue disparue quelques années
auparavant. Mais à force d'opiniâtreté, l'idée prenait forme. Louis Durand disparut alors que le projet prenait tournure, le choc fut brutal et je faillis "raccrocher les gants". Mais en son souvenir, je reprenais le flambeau, les contacts devenant plus précis. Des personnes acceptant enfin de me prendre au sérieux, une petite équipe se constitua afin de prendre des
responsabilités et de réaliser du bénévolat pour assurer le démarrage de la revue. A ce moment là, le travail commença à prendre forme et la tache m'occupait beaucoup car je continuais en parallèle mon activité de photographe. Mon épouse et un ami, Roland Fournel, m'ont beaucoup aidé pour que ce projet voit enfin le jour. J'essuyais, cependant, quelques refus
catégoriques de la part de certaines personnes, Quelques-unes d'entres-elles nous rejoingnirent quelques années plus tard.
De juin à octobre 1994, le rythme s'accéléra, les contacts furent fructueux et les premiers textes arrivèrent. L'article sur la wulfénite de Pierre-Nicolas Schwab provoqua un déclic. Il fallait y aller c'était maintenant ou jamais ! Jacques Galvier,
Pierre-Jacques Chiappero, Laurent Gautron, Gilbert Mari, Jacques Dietrich, Pierre Lavina et Bernard Riou acceptèrent d'être les premiers collaborateurs scientifiques. La machine était lancée, rien ne pouvait plus l'arrêter.
Le 15 octobre 1994 une SARL était créée afin d'assurer une gestion rigoureuse, elle se nomma "Les Editions du Piat". Le titre est choisi même s'il manque un peu d'originalité : "Le Règne Minéral". Mes fonds propres ne me permettant pas de financer entièrement ce projet, il est donc décidé de lancer une souscription pour aider le lancement. L'objectif était d'atteindre 2000 abonnés. Nous savions que ce n'était pas gagné d'avance, l'objectif étant ambitieux, mais je croyais, avec ma naïveté naturelle, que
toutes les personnes intéressées allaient rapidement se rallier à nous et que la tâche serait plus facile qu'il n'y paraissait. Erreur, le français, d'un naturel méfiant, n'aime pas être dérangé et beaucoup se souvenaient encore de la disparition brutale de "Le Monde & les Minéraux" en 1987 où presque tous les abonnés furent lésés. La confiance était donc difficile à rétablir. Les souscriptions arrivèrent, mais le minimum ne fut pas atteint. Tant pis, je mis toutes mes finances personnelles dans la bataille, assurant au moins pour un an la pérennité de la revue. Ainsi, en cas d'insuffisance
d'abonnements, ceux qui nous firent confiance ne seraient pas déçus. Ils reçevrons donc leurs six numéros ainsi qu'un hors-série au terme de l'année 1995. La souscription se déroula sur deux mois (novembre et décembre 1994) et nous expédîmes des bulletins de souscription dans tous les clubs, musées et institutions. Dans les expositions de minéraux de cette fin d'année, les visiteurs en eurent également à leur disposition. Nous nous rendîmes dans certaines d'entres elles pour donner plus d'impact à ce projet : (Lyon, Nice, Dijon, Paris-Sofitel). Des passionnés ne nous connaissant même pas, mais très attachés à l'idée de la naissance d'une nouvelle revue, firent de la publicité auprès de leurs amis.
A l'issue de la souscription, le 31 décembre 1994, la situation n'était pas brillante : seulement 500 souscripteurs, mais avec l'auto financement le N°1 voit le jour le 14 janvier 1995 avec 600 abonnés. Fin février je quittais définitivement mon activité de photographe pour diriger exclusivement la revue. Je suis le directeur de publication mais aussi le secrétaire, le responsable commercial avec 25 expositions en moyenne par an. J'assure aussi la mise en page et le suivi qualité, réalise
près de 50 % des photographies publiées, et pour finir l'expédition et le routage de la revue, plus quelques autres taches minimes qui font de ce travail un métier diversifié et complet, m'occupant bien plus de 35 heures par semaine. Mais, par passion, on accepte beaucoup de choses. Le cap des 1000 adhérents est atteint début juin 1995 et à la fin de l'année, 1409
personnes ont souscrit à notre publication. Le cap des 2000 est enfin dépassé fin juin 1998, soit trois ans et demi après son lancement. Actuellement, nous avons atteint le cap des 2500 abonnés, dont 90% demeurent en France, les autres provenant de 32 pays répartis sur les cinq continents. La revue existe grâce à la volonté des collaborateurs qui sont dans leur
immense majorité des bénévoles. Jacques Galvier est devenu le premier salarié en janvier 1997, suivi par Jean Christian Goujou en juin 1999, Roger De Ascenção Guedes nous a rejoints en remplacement de Jacques Galvier en janvier 2001.
Ainsi, une petite entreprise peut permettre à des passionnés de minéralogie de travailler dans le domaine de leurs études. Hormis ces
rédacteurs à temps complet, les auteurs, les photographes, les collaborateurs scientifiques et les correspondants à l'étranger sont des bénévoles, soit près de quarante personnes, qui nous aident à faire vivre et à pérenniser cette revue. Elle existe aussi par les nombreuses activités annexes que réalisent "Les Editions du Piat" : ventes de livres (spécialisés
en minéralogie et en provenance de très nombreux pays) sur les expositions et par correspondance dans le monde entier, éditions publicitaires (affiches, tracts, cartes de visite, etcS), édition de cartes postales de minéraux, rééditions d'ouvrages anciens (Minéralogie du Dauphiné de J.-E. Guettard -1872-) et bien d'autres activités annexes mais toujours en rapport avec les sciences de la terre. La revue est implantée dans le Massif-central, elle y est même fabriquée en totalité : le prépresse (photocomposition, photogravure et flashage) est réalisé au Puy-en-Velay par Design' Création, l'impression se fait à l'imprimerie Gigant à Yssingeaux et les Editions du Piat sont implantées à Monistrol-sur-Loire. Nos colonnes ont déjà présenté de nombreux gisements de cette région très riche en minéralisations, citons quelques articles marquants :
- Aragonite et calcite de Gergovie (Puy-de-Dôme)
- La mine de Saint-Salvy-de-la-Balme (Tarn)
- La mine de Sainte Lucie (Lozère)
- La minéralogie des abords de la N 122 (Cantal)
- Le filon Sainte-Barbe, les Montmins (Allier)
- Différents gîtes de barytine du Puy-de-Dôme dans le Hors série sur la barytine en 1996
- La mine d'Anzat le Luguet (Cantal)
D'autres sujets sont en cours de rédaction tels des monographies des mines des Farges à Ussel (Corrèze) et de Chaillac (Indre), les béryls et tourmalines de Beauchaud (Puy-de-Dôme), saphirs, zircons et hématites des volcans d'Auvergne et bien d'autres encore. Peut-être même que certains d'entre-vous nous proposeront des sujets suite à la lecture de cet article.
La revue fournit à ses abonnés six numéros par an, complétés en fin d'année par un numéro hors-série thématique qui est uniquement axé sur les minéraux français [Les plus beaux microminéraux français en 1995, la barytine en France en 1996, la mine de Salsigne (Aude) en 1997, La radioactivité et les minéraux uranifères français en 1998, la minéralogie du Massif du Mont-Blanc (Haute-Savoie) en 1999, les minéraux du massif de la Lauzière (Savoie) en 2000, la mine des Malines (Gard) en parution fin 2001]. Trois numéros sont des numéros thématiques le premier présente une étude sur les concrétions des grottes (N°16), le second une présentation des minéraux de l'Oisans en Isère (N°17) et le troisième récemment publié dévoile la géologie et la minéralogie du Diamant (N°38).
Nous publions annuellement plus de 400 pages illustrées par près de 700 photographies en couleurs. Les articles présentent des gisements avec la description des minéraux rencontrés ainsi que le contexte géologique et historique. Un calendrier des expositions, des petites annonces, des informations sur les nouvelles découvertes complètent les articles de fond afin de réaliser un ensemble agréable à lire. La revue n'est pas vendue en maison de la presse, mais disponible par abonnement ou au numéro soit sur les expositions où nous sommes présents soit sur commande directement aux Editions du Piat.
Au terme de cette note, je tiens à remercier tous les collaborateurs de la revue et les nombreuses personnes qui participent à la vie de la revue, pour l'immense travail qu'ils accomplissent afin de faire vivre et de péreniser "Le Règne Minéral", mais aussi tous les abonnés sans qui nous ne pourrions pas exister.
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| Maj le 01.03.2003 |
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