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Steve SMALE



Steve SMALE

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Eminent mathématicien, grand voyageur, activiste politique, passionné de bateaux, photographe de minéraux accompli et collectionneur de minéraux esthétiques, Steve Smale est respecté aussi bien parmi les amateurs que parmi les académiciens.

Vous l'avez certainement vu lors d'expositions de minéraux, un flâneur bronzé et décontracté avec des cheveux poivre sel plus ou moins longs, portant un pull confortable. Comme beaucoup de gens éminents dans le monde des minéraux, son apparence modeste ne laisse pas entrevoir son expertise exceptionnelle et sa réussite. Parmi ses amis qui comprennent un temps soit peu son noble statut et son succès en tant que mathématicien, il est tenu en grande admiration. D'autres le connaissent simplement pour sa magnifique collection de minéraux et peut-être aussi pour ses talents de photographe minéralogique.

Stephen Smale est né le 15 juillet 1930 à Flint dans le Michigan. Sa famille vivait dans une petite ferme de 5 hectares située en dehors de la ville. Il est allé dans une école comportant une salle de classe et une seule professeur. Elle enseignait à tous les neuf niveaux soit à 30 élèves, s'occupait de la bibliothèque, cuisinait les repas de midi et faisait le ménage. Elle n'avait jamais fini ses études supérieures mais Steve dit d'elle qu' " elle avait beaucoup d'énergie ". Bien que ces circonstances ne fussent pas favorables à une éducation de premier ordre, les camarades de classe de Steve ont toujours eu de bons résultats aux tests nationaux en fin de huitième année (l'équivalent de la quatrième). Et quand le tour de Steve est arrivé, il a obtenu la meilleure note parmi les 1000 étudiants qui ont passé l'examen.

Le père de Steve, Lawrence, était allé à l'université mais il n'avait pas fini ses études. Il travaillait dans les bureaux d'un laboratoire de céramique du nom de AC Sparkplug Company, et il a permis à Steve de convertir le loft situé sur le poulailler en un laboratoire de chimie. Steve avait pour intérêt premier au lycée la chimie- rien ne laissant entrevoir qu'il allait dévouer sa carrière professionnelle aux mathématiques.
Son père lui a appris à jouer aux échecs et finalement il est devenu un joueur de tournois (il est arrivé cinquantième sur 130 participants au National Open). De plus, son père lui a construit un télescope, développant ainsi un intérêt pour l'astronomie d'amateur. Cependant, personne n'a dit de Steve qu'il était un enfant prodige. Il y avait même un de ses professeurs au lycée qui ne l'a pas plus encouragé que cela dans son idée d'aller à l'université de Michigan à Ann Arbor.

Néanmoins, il a fait le grand saut. Ses études étaient financées pour une petite partie par l'héritage provenant de son grand-père et une bourse pour quatre années d'études. Pendant les trois premières années, il avait pour matière principale la physique. Bien que ses notes fussent satisfaisantes, il a décidé en dernière année de changer pour les mathématiques car cela lui paraissait plus facile. Il a beaucoup joué aux échecs et au Go puis il s'est engagé dans l'activité politique. Comme son père, il a été à ce moment de sa vie un Marxiste et il a adhéré au Parti Communiste, s'impliquant fortement dans la politique de gauche et s'opposant la Guerre de Corée. " C'était plus pour éviter le service militaire, " dit-il, " que j'ai continué à étudier ". Lors de ses premières années à l'université, il avait visité l'Europe de l'Est et assisté au " Festival de la Jeunesse " communiste de 1951 à Berlin. De retour chez lui, il a organisé sur le campus " the Society for Peaceful Alternatives " (l'Association pour des Alternatives Pacifiques).
En raison de ses activités politiques (ses notes n'étaient pas un problème), il a été mis en période probatoire lors de sa dernière année. Bien qu'il restât décontracté dans son attitude vis-à-vis des études, il a posé sa candidature pour des études de troisième cycle à Ann Arbor et a été accepté. Cependant, lors de la première année, son comportement l'a finalement rattrapé et il a été mis en garde par le chef du département que si ses notes en mathématiques ne s'amélioraient pas, il serait renvoyé de ce programme. Prenant cet avertissement en considération, Steve s'est consacré sérieusement aux mathématiques et il a abandonné ses activités au Parti Communiste. Dans les années qui ont suivi, il a continué à être plus ou moins actif politiquement. Il a participé à une conférence de presse controversée au Congrès International de Moscou en 1966, et il a joué un rôle central dans les premières protestations contre la guerre du Vietnam (il était vice-président avec Jerry Rubin du " Vietnam Day Committee "). Mais graduellement ses opinions politiques ont changé et se sont élargies à un tel point qu'aujourd'hui il se considère anti-communiste, et même de droite sur certains problèmes, bien que toujours de gauche sur d'autres. Tout d'abord contrarié par l'invasion de la Hongrie par les soviets, puis par les activités communistes en Asie du Sud Est et l'invasion soviétique de l'Afghanistan, il en a conclu que le système purement Communiste/Socialiste est essentiellement destructif. Cette opinion a été renforcée par des visites en Union Soviétique en 1961 et 1966.

En automne 1954, lors de sa troisième année en troisième cycle, Steve a rencontré Clara Davis, qui était alors l'étudiante responsable de la copropriété. Elle était une personne très stable, telle une ancre, parfaite pour le tempérament de Steve. Ils étaient mariés deux mois plus tard. Ils le sont toujours et sont parents de deux titulaires de doctorat.
En 1957, Steve a obtenu son doctorat de mathématiques et a pris le poste d'assistant à l'Université de Chicago. Il a été membre de l' " Institute for Advanced Study " (l'Institut pour la Recherche Avancée) à Princeton de 1958 à 1960, est devenu maître de conférence en Mathématiques à l'Université de Californie, à Berkeley en 1960 et il a été un professeur invité au Collège de France à Paris en 1962. De 1961 à 1964, il a été professeur de Mathématiques à l'Université de Columbia, et de 1964 à nos jours, il est professeur de Mathématiques à Berkeley. Au début de sa vie professionnelle, il a fait son ascension sur l'échelle académique des mathématiques grâce à son travail dans le domaine de la topologie. Parmi d'autres distinctions, il a reçu de l' "American Mathematical Society" (Association Américaine des Mathématiques) le prix Veblin de Géométrie en 1965 et la Fields Medal de l' " International Union of Mathematics " (Union Internationale des Mathématiques) en 1966. Ses découvertes en topologie sont difficiles à expliquer à des non-spécialistes en mathématiques mais cela devrait être suffisant de dire qu'il est devenu l'un des plus brillants cerveaux du monde dans cette matière ésotérique.

Avec ses lauriers encore tout frais et son avenir professionnel assuré, Steve néanmoins a abandonné l'étude de la topologie en 1961, au grand chagrin de ses collègues qui se sont sentis laissés pour compte et rejetés par ce désintéressement soudain. Mais dans une interview avec More Mathematical People (1990) (d'où la plupart des informations sur son portrait ont été tirées), Steve a déclaré:
Je crois que c'était juste de dire que j'ai résolu les principaux problèmes en topologie. Les dimensions 3 et 4 sont restées ouvertes . . . [mais] pour moi faire d'autres choses me semblait être plus intéressant... Les problèmes du système dynamique discret en 2 sphères étaient tellement plus excitants et mystérieux que tout ce qu'il y avait encore à faire en topologie.

Il a changé de cap professionnel et entrepris l'étude des systèmes dynamiques, qui comprend le passage des états physiques dans le temps. Un collègue du Brésil l'a particulièrement encouragé, et depuis Steve y fait de nombreux voyages tant pour des raisons mathématiques que pour des raisons minéralogiques. Son intérêt pour les systèmes dynamiques a persisté jusqu'en 1963, où il a dirigé ses recherches vers le calcul des variations et les applications à dimensions infinies, deux matières qu'il est arrivé à mettre ensemble. En 1966, il a étudié à nouveau les systèmes dynamiques et il se rappèle de bon coeur de cette période comme une période enrichissante pendant laquelle il avait quelques-uns de ses meilleurs étudiants.

Depuis 1970, il s'est impliqué dans différentes matières dont les aspects mathématiques de l'ensemble des circuits électriques, les applications de l'analyse globale, et en particulier de l'économie mathématique. Un article du " Journal of Mathematical Economics " de 1976 parle même d'un modèle mathématique applicable au calcul du prix des spécimens aux expositions minéralogiques! Son travail sur les théories économiques l'a aussi mené à une meilleure compréhension du conflit entre le socialisme et le capitalisme. " La solution ", dit-il, " s'est d'avoir une sorte d'équilibre entre les deux. Avec le temps, je suis arrivé à cette opinion ".

De nos jours, Steve fait attention à où il dépense son énergie et il travaille sur une perspective globale de la science et une perspective mondiale des mathématiques. Il voit la science informatique comme ayant une sorte d'influence révolutionnaire sur les mathématiques. L'importance en informatique des algorithmes et de la théorie de la fonction récurrente peut en fin de compte rendre les fondations des mathématiques plus continues que discrètes. Ces derniers temps, Steve s'est attardé en particulier sur les analyses numériques avec une perspective topologique ou l'étude systématique des algorithmes.
Steve était aussi impliqué de manière importante dans les premiers développements d'un nouveau domaine en mathématiques appelé " la théorie du chaos ". Son influence est considérable comme on peut le constater à la lecture du best-seller de James Gleick " Chaos " (1987).

Steve a toujours cultivé de nouveaux intérêts car il considère qu'une place confortable implique souvent la routine. Cela est tout aussi vrai dans sa vie privée que dans sa vie professionnelle. En 1987, il a navigué un ketch (16 tonnes, d'environ 14 mètres de long, avec trois compartiments privés, un salon et une cuisine) de Berkeley aux Iles Marquises dans les Mers du Sud. Son équipage était composé de deux amis mathématiciens. Le voyage aller comportait 25 jours sans voir aucune terre. Mais au retour, il a jeté l'ancre à Hilo (Hawaii) pour voir Clara, faire des réparations et visiter le musée minéralogique the Lyman House.
Puis il y a sa collection de minéraux d'à peu près 700 magnifiques spécimens esthétiques. Le premier a l'avoir influencé est à nouveau son père, qui lui a offert un minéral en 1968. Presque en même temps, de nombreux beaux livres sur les spécimens esthétiques ont paru, ce qui n'a fait que stimuler encore plus son intérêt. Il s'est rendu compte soudainement que les collectionneurs privés pouvaient rivaliser avec les musées en ce qui concerne les plus beaux spécimens! Dans l'espace d'un ou deux mois, il " a parcouru avec sa voiture l'état en entier et est allé dans tous les magasins minéralogiques pour essayer d'acheter des minéraux. J'étais assez naïf," dit-il, " mais j'y ai mis beaucoup d'énergie. " Depuis, lui et Clara ont dépensé la plupart de leur revenu disponible dans l'achat de spécimens minéralogiques, et il est devenu un excellent connaisseur. L'amour de la beauté et l'esprit de compétition sont leurs motivations. L'absence de dégâts et une matrice esthétiquement cristallisée et de bonne taille sont les facteurs importants dans la sélection des spécimens.
Si vous arrivez à vous procurer un spécimen qu'aucun musée ou collectionneur n'a, alors il y a quelque chose ...qui le rend plus beau. La beauté est partie intégrante de la rareté [et] est tellement liée avec l'innovation et la priorité

Voyager dans des pays étrangers producteurs de minéraux est pour eux la façon la plus efficace de se procurer de nouveaux spécimens. Des voyages au Pakistan, au Maroc, en Chine, en Colombie, au Pérou, et au Brésil (sept fois!) leur ont permis de ramener beaucoup de superbes groupes cristallins. Collectionner les minéraux est un des quelques projets que Steve ait pris le temps de développer en dehors des mathématiques. Un autre est la photographie minéralogique. Il a développé cette technique lors d'une pause intense de six mois pris sur son travail. Il a puisé lors de ce développement son inspiration dans les grands photographes comme Ansel Adams, Edward Weston, Eliot Porter, Robert Mapplethorpe, et Harold et Erica Van Pelt. La preuve se trouve sur ces pages qui montrent clairement qu'il n'a pas perdu son temps. (Il utilise un appareil photo Sinar de 20 x 25 cm.) Des reproductions de ses photographies, le plus souvent 40x50 cm, sont disponibles à la Ziba Gallery, 64 Shattuck Square, BerkeIey, California.

Au fil des ans, Steve a développé un de ces modes de vie qui font envie et qui sont si particuliers aux académiciens brillants dont la profession leur accorde un maximum d'espace vital. Comment travaille-t-il les mathématiques? " Naturellement. " Est-ce qu'il a un programme? " Non. " Il se lève à cinq heures du matin par choix, passe du temps à organiser sa journée et peut-être il consacre un peu de temps à la photographie de ses minéraux. Il préside souvent des colloques pour son département à l'Université de Berkeley et est enseignant à temps partiel (= un cours). S'il est aux mains d'un problème mathématique particulier, il est possible qu'il se détende et qu'il y réfléchisse une demi-heure avant ou une demi-heure après le repas. Puis il prendra quelques minutes (!) pour préparer son cours pour le lendemain. " Et, " dit-il, " notre collection minéralogique prend aussi beaucoup de temps pour l'organiser et faire des choses qui en sont liées. "

Avec cette liberté, ce n'est pas inhabituel pour lui d'aller aux expositions minéralogiques les plus importantes. Si vous avez de la chance, il se peut même que vous voyiez une des expositions occasionnelles de ses spécimens (il a gagné le convoité McDole Trophy à l'exposition de Tucson en 1976). En attendant, la sélection de photos qui est présentée ici vous donnera une idée de la collection Smale.

Cet article a été initialement publié dans le magazine " the Mineralogical Record ", volume 23, Septembre-Octobre, 1992 et est reproduit ici avec l'autorisation expresse de son auteur.